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« Les banques centrales africaines n’arriveront jamais au niveau de laxisme de l’OCDE » (Amadou Kane)

 

Directeur Afrique de BNP Paribas pendant 4 ans, Amadou Kane repart à sa demande en juillet pour le Sénégal, où il prendra le double poste de président directeur-général de la Bicis, après l’accord donné par l’État sénégalais (25 % du capital) qui choisit habituellement son candidat pour la présidence. Il nie toute autre ambition que celle d’un retour au pays : « Tout le monde me voit quelque part, moi je me vois à la Bicis ». Entretien dans les locaux de la BNP…
 

  • MTM : Comment les banques françaises – la BNP en particulier – envisagent-elles leur avenir sur le continent africain ?

    Il est vrai que, comme les autres banques françaises, nous nous sommes posés la question d’un retrait d’Afrique. Après ce moment de questionnement, BNP Paribas reste en Afrique, francophone pour le moins. Nous sommes sortis d'une situation de statu quo qui pour moi n’était pas une politique. Aujourd’hui, le fait de dire « nous restons » dans des pays précis est un choix, et je m’en félicite. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso ou le Mali sont pour nous des marchés naturels, avec une même monnaie, une même commission bancaire, où nous pouvons mettre en place un système commun et réaliser des économies d’échelle. Ça, le groupe sait le faire. Il va rester là où il est possible de conserver des marchés domestiques significatifs pour développer notre business-model de retail banking. Je peux même vous dire que notre présence en Afrique francophone sera réaffirmée, et que ce renforcement pourra être constaté en Afrique de l'Ouest. Et il n’est pas exclu de développer une intervention structurée dans ces pays ou d’autres sur d’autres activités de la banque. La réflexion n’est pas achevée, mais nous sommes passés de « qu’est-ce qu’on va faire de la zone Afrique ? » à « qu’est-ce qu’on va faire en zone Afrique ? »

  • Par exemple pour les PME-PMI, coincées entre les individus qui ont recours à la microfinance et les grands groupes qui se financent sans difficultés ?

    En recensant le contentieux bancaire au Sénégal lors d’une réunion sur le financement de l’économie avec le président Wade et la Banque centrale, nous avons constaté que 2/3 des dossiers étaient ceux d’entreprises de taille modeste. Cela signifie d’une part qu’on leur prête, et d’autre part que c’est un secteur risqué qui a besoin de se professionnaliser, ce qui est du ressort des autorités et des organismes d’aide et d’appui. Néanmoins, il y a une réflexion à mener sur cette question, et il existe des outils, comme ceux mis en place par l’AFD (Ariz) et la BOAD, (Gari et Cauris). Les autorités doivent accueillir favorablement les fonds d’investissement qui s’intéressent à l’Afrique. Plus ils seront nombreux et spécialisés (agro-industrie, halieutique, mines), plus leur compagnonnage avec le tissu local sera efficace. Car eux vont se mêler de la gestion, en tant qu’actionnaires.

  • Le manque de liquidité au Nord a favorisé l’afflux de nouveaux concurrents, notamment les banques nord-africaines, alimentées en liquidités du Golfe. Faut-il s’attendre à une concentration ?

    Bien sûr, toutes les banques, y compris la mienne, bougonnent devant cette exacerbation de la concurrence. Mais le secteur continue à gagner de l’argent, sinon il n’y aurait pas de nouveaux entrants. Et puis en tant qu’« homo economicus sénégalo-Umoaen », je considère que pour des banques stables comme la mienne, la concurrence ne peut que stimuler l’audace, la professionnalisation et la qualité des prestations. Il pourrait arriver au Sénégal ce qui est arrivé au Nigeria, une décision de renforcer les fonds propres et favoriser la concentration. Mais pour moi, ce sont des normes d’organisation éprouvées et robustes, des fonds propres plus importants, l’innovation sur les produits et les technologies, qui feront la différence. Ce ne sera pas forcément une course à la taille. J’ai toujours considéré que l’obésité n’était pas un signe de bonne santé.

  • Les banques centrales et instances financières régionales vont-elles sortir grandies de la bonne résistance du secteur bancaire africain à la crise ?

    Il faut reconnaître la très grande prudence de la BCEAO et de la BEAC, qui ont essayé de faire en sorte que le secteur bancaire reste dans son métier de base. Même sur un marché financier embryonnaire, où la spéculation ne pouvait pas avoir lieu, la BCEAO reste très réticente à l’ouverture du marché financier régional aux fonds spéculatifs. Et même face à une demande qui me parait légitime de prise de participation étrangère dans les OPCVM, elle n’a pas voulu aller au-delà de 15 % de valeurs étrangères. Ça me parait faible. J’estime tout de même qu’à la lumière du nouveau dispositif issu de la réforme de la loi bancaire, du traité qui institue l’Umoa, du nouveau statut de la banque centrale et de la commission bancaire, entrés en vigueur le 1er avril, la Banque centrale devrait favoriser l’émergence d’un espace de créativité, d’imagination, pour faciliter le financement de l’économie. Car nous avons quand même besoin d’un peu de spéculation pour assurer les contreparties. Je pense que les banques centrales africaines n’arriveront jamais au laxisme observé dans les pays de l’OCDE.

Propos recueillis par Myrtille Delamarche


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