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« Les entrepreneurs africains manquent de capitaux propres et d'accompagnement » (J. Hadjenberg, directeur d'investissement chez I&P)

 

Trois questions à Jérémy Hadjenberg, directeur d’investissement en microfinance et entreprise, chez Investisseur et partenaire pour le développement (I&P).

 

  1. MTM : Quelles entreprises peuvent prétendre à des financements en capital-risque dans votre structure ?

    J. Hadjenberg : Des PME, plutôt de taille moyenne, dans tous secteurs d’activité – nous appuyons également des institutions de micro-finance au Cameroun, en Côte d’Ivoire ou en Ouganda. Notre métier est d’être un partenaire stratégique pour ces entreprises, d’investir au capital, en tant qu’actionnaire minoritaire, pour accompagner ces entreprises sur le long-terme, soit de 5 à 7 ans. Nous avons été particulièrement sollicités dans la santé (des médicaments génériques au Cameroun, une clinique ophtalmologique à Dakar), l’agroalimentaire, ou les matériaux de construction (traitement du gravier au Bénin, pavés de ciment au Mali et au Bénin).

  2. Comment faites-vous pour assurer un retour sur investissement sur ce segment que tout le monde considère comme trop risqué ?

    C’est justement pour cela que les fondateurs ont choisi ce créneau, qui est difficile mais qui présente un très fort potentiel si on développe la bonne méthodologie pour l’approcher.

    I&P a été créé par des investisseurs privés. Son fondateur, Patrice Hoppenot [ancien associé-gérant du fonds européen d’investissement BC Partners, ndlr], avait une très longue expérience du capital-investissement en Europe, et on essaie de développer une méthode pour travailler sur ce créneau très porteur pour le développement.

    Le développement suppose – aussi -des entrepreneurs capables de faire émerger un tissu de PME qui puissent employer, former, stabiliser un certain nombre de personnes. Notre intervention leur facilite l’accès à des crédits bancaires. Mais les PME ont besoin de fonds propres, elles ne peuvent pas travailler seulement avec de la dette. Nous les aidons également à estimer leurs besoins, car souvent elles sous-estiment les fonds propres nécessaires. Notre travail consiste donc, souvent, à leur faire prendre conscience que leur projet nécessite plus d’argent que ce qu’elles croyaient, et il faut absolument éviter la sous-capitalisation, dont les banques sont aussi parfois victimes.

  3. Plus précisément, quelle est votre méthode pour réduire le risque ?

    C’est vrai que c’est difficile pour les banques de travailler avec ce segment. Ces entreprises, moins formalisées, n’arrivent pas à présenter des comptes parfaitement tenus ni à présenter les garanties physiques que les banques demandent souvent en Afrique.

    Au-delà de la prise de participation au capital, nous accompagnons les entreprises en tant que membre participant activement à la gouvernance. Nous les aidons à réfléchir à leur stratégie, leur marché, la structuration de leur entreprise, et nous apportons des capitaux de long-terme. Donc nous apportons ce qui manque le plus aux entrepreneurs africains, c'est-à-dire des capitaux propres et un accompagnement.

    Nous nouons d’abord une relation de confiance avec l’entrepreneur. Nous nous impliquons beaucoup dans la validation au niveau technique, commercial, financier, ce qui fait que nous mettons tout sur la table, ce qui est difficile avec son banquier.

    Le chef d’entreprise est en relation directe avec un ou deux interlocuteurs chez nous. Nous avons une équipe généraliste, mais quand c’est utile – et c’est souvent le cas - nous faisons intervenir en complément des consultants spécialisés sur le secteur d’activité de l’entreprise, afin de mieux appréhender les questions de marché, de commercialisation.

  4. Propos recueillis par Myrtille Delamarche, à Bordeaux


Dans le même dossier : "Système D comme diversification"

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