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« Nous détruisons, à nous de restaurer » (Haidar El Ali)

 

« Quand on aime quelque chose, on le protège » : c’est le credo d’Haidar El Ali. Passionné par l’environnement marin, forestier et urbain, ce Sénégalais né à Louga en 1953 plonge pour dénoncer la prolifération des sacs plastiques ou des filets dérivants, court pour arrêter les feux de brousse et s’arrête pour planter des palétuviers.

1 MTM :  Est-ce facile d’être un protecteur de la nature en Afrique ?        

  • Haidar El Ali : Le militantisme engagé pour la nature, cela dépasse beaucoup de gens. Au Sénégal, les fronts sont nombreux : la forêt brûle, le désert avance, les poissons se font rares, les villes sont polluées, les lamantins (espèce protégée) meurent par défaut d’étude d’impact lors d’une construction de barrage, l’érosion côtière s’accélère. Si on devait tout énumérer, il faudrait une semaine. Le sunugal (« pirogue » en wolof) prend l’eau de partout.

2 MTM : Contre l’avancée du désert, le gouvernement a mis en place la Grande muraille verte…

  • H.E.A. : C’est sûr que c’est une bonne chose. Il faut juste nous dire où la trouver, parce que je l’ai cherchée partout, mais je ne l’ai pas vue. J’ai appris que l’armée française y a contribué. Je pense que ce n’est pas comme cela qu’on réussit les choses. Quand chacun plantera son arbre, quand chacun saura que la semence c’est la vie, quand chacun aimera son enfant et lui laissera un héritage environnemental, alors nous gagnerons le combat. Bien sûr, je suis content de la mobilisation de l’armée française, mais je dis que ce n’est pas la solution.

3 MTM : Pourtant, vous aussi avez planté des semences pour reboiser la mangrove.

  • H.E.A. : Absolument. Au Sénégal, nous avons perdu environ 50 % de nos zones de mangroves, qui régulent l’avancée du sel. S’il n’y a plus de mangrove, le sel attaquera les champs de riz. En 2006, nous en avons parlé aux jeunes d’un village du Sud qui ont accepté de nous accompagner. Avec des jeunes d’un autre village, nous avons organisé la collecte de semences, leur transfert et enfin le reboisement. Voyant que ça poussait, la première année, une quinzaine de villages avoisinants ont adhéré et 64 000 propagules de mangroves ont été plantées. Puis cela a été crescendo. En 2009, nous avons réussi à impliquer 323 villages : 80 000 personnes ont planté 36 millions de palétuviers. Il n’y a pas de solution magique. Nous détruisons, à nous de restaurer.

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