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Égypte: les sociétés étrangères commencent à lever les mesures d'urgence

 
Thanks Tunis by RamyRaoof (Egypt)
Des manifestants anti-Moubarak remercient les Tunisiens pour leur avoir montré la voie. Photo Ramy Raoof.

Malgré des manifestations qui perdurent contre le régime d'Hosni Moubarak, les sociétés étrangères présentes en Égypte reprennent peu à peu leurs activités après des mesures transitoires de repli. Pour l’instant, les inquiétudes ne s’affichent qu’à court-terme. Tour d’horizon des entreprises étrangères présentes en Égypte et des décisions annoncées. 

Dans une tentative d'apaisement, le gouvernement égyptien vient d'annoncer une hausse de 15 % des salaires des fonctionnaires et des retraites (militaires et civiles), ainsi que la création d'un fonds de $ 840 millions pour compenser les pertes des propriétaires de commerces, d'usines et de voitures, victimes des manifestations et des violences, et des jours chômés de ces deux dernières semaines.

Après Moody’s (Ba2) et Standard & Poors (BB), Fitch a à son tour dégradé la note de long terme (BB), de l’Égypte, en la plaçant sous surveillance négative, ce qui augure d’une possible dégradation supplémentaire dans les mois à venir. S&P se défend de s’attacher uniquement à la crise actuelle et précise que la dette publique a atteint l’année dernière 74 % du PIB, « loin de la moyenne » des pays notés BB.

Pour une majorité des analystes, l’inquiétude n’est pourtant que de court-terme, comme le résume ING-IM dans une note du 2 février citée par Moneyweek : « En supposant que les troubles en Égypte ne prennent pas un caractère structurel, l’important potentiel économique du pays demeure cependant intact ».

Après avoir annoncé en cascade des mesures de prudence transitoires (évacuations des personnels expatriés, suspension d’activité, mise en place de cellules de crise), le secteur privé reprend peu à peu ses activités.

 

Agroalimentaire

(edit 07/02) Nestlé confirme son intention de maintenir les investissements prévus en Égypte. Après deux semaines de fermeture, le géant suisse de l’agroalimentaire reprend progressivement ses activités depuis le 6 février à son siège du Caire et dans ses trois usines, a indiqué à l'ATS une porte-parole. Le groupe avait choisi de stopper sa production et de mettre ses salariés expatriés à l'abri : « La sécurité des employés et leurs familles est primordiale pour Nestlé et la société procède à l’évacuation des familles de 20 expatriés ». Le groupe compte 3 000 salariés sur trois sites en Égypte.

Danone, n°1 des produits laitiers en Égypte où il est présent depuis 5 ans, possède deux filiales (nutrition infantile et produits laitiers, cette dernière comptant une usine dans la région du Caire, avec 700 salariés, dont moins de dix expatriés. Le groupe a évacué ses expatriés.

 

Énergie

Le secteur pétrolier, éloigné des grands centres urbains et notamment du Caire, n’est pas très touché par la situation pour l’instant.

Total a fait son retour dans l'exploration-production en Égypte en 2009 dans le bloc 4, où il est associé à Enel, après une longue absence (le goupe a opéré en Égypte de 1975 à 2001). Il est également présent dans le pays avec des activités de commercialisation (vente de lubrifiants, carburants pour aviation, produits pétrochimiques). Total assure faire tout le nécessaire pour satisfaire la demande et assurer la sécurité de ses collaborateurs.

En revanche, la compagnie pétrolière russe Loukoïl, les producteurs de gaz Novatek (Russie) et PGNiG (Pologne), et le groupe énergétique allemand RWE, ont annoncé l’évacuation de tout ou partie de leurs personnels.

Fin janvier, l’espagnol Gas Natural Fenosa, qui opère avec Eni une unité de liquéfaction de gaz à Damiette, ne voyait « pas de nécessité pour un plan spécial ».

De son côté, l'américain Apache qui a acquis en novembre 2010 les actifs de BP en Égypte a décidé de ne garder sur place que ses personnels expatriés indispensables.

Un gazoduc situé dans la localité de Lehfen, dans le nord du Sinaï, et approvisionnant la Jordanie a fait l'objet d'une attaque à l'explosif le 5 février, poussant les autorités à couper l'approvisionnement sur deux conduites dont l'une livrant du gaz à Israël et l'autre à la Jordanie, a déclaré à l'AFP un responsable égyptien. Cet attaque n'a pas été revendiquée et on ignore encore si elle est liée aux revendications des manifestants anti-Moubarak.

(edit 11/02) EMG (East Mediterranean Gas Co) a relayé à Ampal-American Israël Corp. (qui détient 12 % d’EMG) une information de l’Egyptian National Gas Co (EGPC) affirmant que la fourniture de gaz à EMG - et donc à ses clients israéliens - devrait reprendre le 17 février. Le 6 février, Ampal avait annoncé une explosion et un incendie dans une station le long du gazoduc appartenant à la société égyptienne de transport de gaz Gasco entre l’Égypte et la Jordanie.

 

Industrie

L’alliance Renault-Nissan est présente en Égypte via son usine Nissan, qui a mis à l’abri ses personnels expatriés (seulement 4 employés japonais) dans des hôtels à l’extérieur du Caire et cessé temporairement sa production, dans un premier temps pour une semaine. Nissan assemble les modèles X-Trail, Sunny et Pickup dans son usine de Giza, près du Caire. Le constructeur automobile japonais y a produit quelque 10 000 véhicules sur l'exercice clos fin mars 2010.

(edit 07/02) L'autre constructeur japonais Suzuki a quant à lui repris la production, ainsi que son compatriote fabriquant d'accessoires textiles (fermetures-éclair) YKK. Les japonais Isuzu Motors Ltd (moteurs) et Otsuka Holdings (pharmaceutique) avaient également cessé leurs activités en attendant que la situation s'améliore.

Schneider Electric, qui a deux centres de développement commercial, dont un au Caire, et une usine de production d’équipements électriques, a suspendu son activité en Égypte.

Nexans a également évacué ses quatre expatriés, dont un Français, et mis son usine à l’arrêt. Filiale d'un groupe réalisant € 7 milliards de chiffre d’affaires avec 25 000 employés, Nexans Égypte emploie 400 personnes et réalise un CA de € 60 millions, selon l’un de ses salariés.

Mais l’un des plus marris est sans doute Saint-Gobain, qui avait inauguré en novembre dernier la plus grande usine de verre plat au Moyen-Orient, à Ain el Sokhna (120 km à l’est du Caire – 300 salariés). Saint-Gobain a rapatrié 10 familles expatriées et l’organisation du site est « maintenue à flot mais perturbée du fait des manifestations et des difficultés subies par les salariés », selon un porte-parole du groupe. Cet investissement de € 130 millions, réalisé par Saint-Gobain (51 %) en partenariat avec la compagnie égyptienne MMID (Mansour-Maghraby Investment and Development Company) associée à Alli Moussa (34 %) et le groupe turc Sisecam (15 %), avait déjà subi un arrêt de 9 mois pendant la crise économique (sur une durée totale des travaux de 2 ans).

(edit 07/02) Le groupe d’ingénierie suisse ABB (1 600 salariés en Égypte) a rouvert ses bureaux et son siège principal du Caire, vu l'amélioration de la situation depuis dimanche, a précisé à l'ATS son porte-parole Thomas Schmidt. Les usines sont encore temporairement fermées, mais le but est de les réactiver au plus vite. ABB n'a subi aucun dégât humain ou matériel pour l'instant. Le groupe avait suspendu toutes ses activités en Égypte, où il réalise un chiffre d’affaires annuel de $ 300 millions. Présent dans le pays depuis 1926, ABB est désormais un groupe diversifié (6 usines, ingénierie et services).

 

BTP et Transport

Lafarge a annoncé qu’il cessait temporairement sa production en Égypte et rapatriait ses 70 expatriés. Le premier cimentier mondial emploie localement 2 200 personnes pour une capacité de 10 millions de tonnes par an. « Nous avons arrêté la production de notre usine de ciment située à 200 km du Caire en raison de la situation dans ce pays », a déclaré à l'AFP un porte-parole du groupe. « Les activités pourront reprendre dès que la situation sera normale sachant que le dispositif reste opérationnel et que le management en charge de l'unité est resté sur place ».

Vicat, dont l’acticité en Égypte représente 15 % de son chiffre d’affaires annuel (€ 2,01 milliards au 31 décembre 2010, en hausse de 6,2 %), y compte seulement 4 expatriés. Le groupe précise que son outil industriel n'a pas été affecté par les événements récents, et qu'à ce jour l'usine fonctionne normalement. Vicat a livré plus de 300 000 tonnes de ciment en janvier. Ce rythme de vente s'est sensiblement ralenti depuis, en raison des difficultés d'accès aux principaux marchés de consommation. Vicat reste confiant quant à l'évolution du marché égyptien.

Le cimentier italien Italcementi, présent à travers sa filiale Suez Cement, a évacué ses expatriés et leurs familles, soit une centaine de personnes, et suspendu la production dans ses 5 usines égyptiennes.  « Les usines ont été sécurisées et le groupe continue à surveiller de près la situation », a précisé un porte-parole qui a souligné que Suez Cement détient en Égypte une part de marché d'environ 30 %.

Bouygues et Vinci, associés dans la construction de la ligne 3 du métro du Caire, ont annoncé le retour de 174 expatriés et leurs familles. Les travaux de ce chantier mené par un consortium réunissant Vinci (28,5 %), Bouygues (26 %) et les égyptiens Arab Contractors (27,5 %) et Orascom (18 %) sont suspendus.

Alstom, présent en Égypte depuis 30 ans et qui intervient pour la rénovation des rames du métro du Caire, compte 300 employés dont une quarantaine sont rapatriés. Le groupe a précisé que l’Égypte représentait « moins de 0,5 % » de son chiffre d’affaires. L’heure est à rassurer les bourses…

Dans le transport maritime, on trouve le géant maritime et pétrolier danois A.P.Moeller-Maersk, qui a annoncé la suspension de ses opérations en Égypte, et l’armateur CMA-CGM, qui maintient pour l’heure son activité. Ce dernier a cinq bureaux sur place avec 272 collaborateurs. CMA-CGM a constitué une cellule de crise pour informer ses clients et garder le contact avec ses équipes. Il maintient ses escales dans les principaux ports (Damiette, Alexandrie et Port Saïd). Le canal de Suez, lui, continue de fonctionner.

Interrogé par Le Moci, Jean-Claude Lévi, président de DHL Global Forwarding France, décrit la situation de DHL en Égypte en ces termes : « Le pays est complètement paralysé d’un point de vue économique. Nous avons dû interrompre nos opérations et constituer une cellule de crise pour renseigner nos clients et sur les questions de sécurité. De plus, nous ne pouvons plus communiquer avec nos correspondants et nos équipes sur place autrement que par portable. Les téléphones fixes, fax et liaisons internet sont interrompues. Nous ne pouvons plus rien envoyer en Égypte. Les ports et les aéroports sont fermés pour le fret. Les douanes égyptiennes sont fermées. Nous demandons à nos clients de garder la marchandise. Nous avions déjà pris nos dispositions il y a quelques jours pour ce qui est des produits périssables. De nombreux conteneurs sont aussi bloqués au départ de l’Égypte, notamment tout ce qui est textile et coton ».

 

Télécoms

Les coupures des réseaux (téléphone, internet) pendant 5 jours auront coûté près de $ 90 millions, d’après les premières estimations de l’OCDE.

Vodaphone Égypte est aux prises avec les consommateurs égyptiens anti-Moubarak. Les utilisateurs du réseau Twitter ont relayé pendant plusieurs jours – et dans des termes peu délicats - des SMS pro-Moubarak reçus sur les mobiles Vodaphone, alors que les consommateurs ne pouvaient pas, eux, envoyer de SMS. Ce 3 février, Vodafone Égypte explique dans un communiqué que le pouvoir égyptien a utilisé son réseau et celui des autres opérateurs mobiles égyptiens pour diffuser des messages par SMS à la population. Il précise qu'il n'a aucune responsabilité dans la rédaction de ces messages, et qu'il considère cette situation comme « inacceptable ».

France Télécom  et Alcatel ont annoncé l’évacuation de leurs personnels expatriés.

(edit 06/02) France Télécom SA, qui détient 71 % de la holding Mobinil (3,3 % de l'Ebitda du groupe, selon un analyste cité par Reuters), qui elle-même contrôle l'opérateur ECMS à 51 %, a également été « contrainte d'envoyer des messages à ses clients », mais l'armée égyptienne y était « clairement identifiée » comme émetteur, a indiqué le 4 février un porte-parole du groupe français.

 

 

Distribution

Une étude réalisée par le cabinet A. T. Kearney et publiée mi-2010 positionnait le Maghreb comme une des deux régions les plus attractives du monde pour le secteur de la distribution. L’Égypte était alors considéré comme le marché à la croissance la plus rapide (13e du classement),

Le groupe allemand Metro y a inauguré l’été dernier ses deux premiers magasins Makro. Tous deux ont été victimes d’attaques. Le Makro d’El Salam a été partiellement incendié, celui de Qalioubaya a été pillé et un employé a été blessé. Les 700 employés locaux sont désormais enjoints à rester chez eux et les expatriés ont été évacués. Le groupe allemand prévoyait alors d’ouvrir de 10 à 20 unités sous l’enseigne Makro. « La situation est trop trouble pour faire la moindre prédiction sur notre développement futur en Égypte, a précisé un porte-parole du groupe. La sécurité de nos personnels est la priorité pour l’instant. Nous évaluons les dommages matériels et leur couverture par nos assurances. Nous espérons pouvoir réhabiliter nos magasins et revenir aux affaires dès que possible ».

Le géant espagnol du textile Inditex a vu un de ses magasins Zara attaqué au Caire. Le groupe détient 14 magasins de plusieurs marques en Égypte.

Carrefour indique avoir cinq magasins franchisés dans le pays, dont l’un, situé en périphérie du Caire, a été pillé.

 

Banques et Finance

(edit 07/02) Après une semaine de fermeture, les banques ont réouvert leurs guichets le dimanche 6 février. Selon le quotidien économique français La Tribune, les banques étrangères les plus exposées en Égypte sont les banques françaises ($ 17,1 milliards d'engagements), devant les banques britanniques ($ 10,7 milliards) et italiennes ($ 6,3 milliards).

La Société générale a une implantation importante en Égypte, avec la NSGB (National Société Générale Bank), l'une des premières banques privées du pays. Selon une analyse récente du bureau d’études KBW, ce pays devrait contribuer à hauteur d'environ 3 % au résultat net estimé de 2011 du groupe (contre 1,5 % pour le Crédit agricole et 0,2 % pour BNP Paribas). La Société générale est aussi la plus exposée, avec 140 agences et 3 700 salariés.

Crédit agricole détient 60 % de Crédit agricole Égypte et compte 1 900 salariés pour 70 agences. BNP Paribas, présente en Égypte depuis 1977, recense, 61 agences et 1 000 salariés.

Les engagements des principales banques françaises en Égypte atteignaient $ 17,6 milliards fin septembre, selon la Banque des règlements internationaux (BRI). Elles rapatrient toutes leurs personnels expatriés.

(edit 07/02) La Bourse du Caire, qui devait rouvrir le lundi 7 février après 10 jours de fermeture, attendra probablement jusqu'au 13 février. Elle accuse des pertes importantes (70 milliards de livres égyptiennes, soit $ 12 milliards), selon les chiffres officiels.

 

Tourisme

Club Med, qui opère deux villages en Égypte, ne prend plus de réservation sur cette destination. Les derniers clients sont sur le retour.

La chaîne hôtelière Accor, quant à elle, a annoncé l’évacuation de ses personnels expatriés.

Selon le vice-président Omar Souleimane, un million de touristes étrangers ont quitté l'Égypte en 9 jours, ce qui représente un manque à gagner de $ 1 milliard pour le pays. Baudouin Caillemer, directeur général de Gan Eurocourtage (groupe Groupama), a quant à lui précisé à l'AFP que les pertes subies par les voyagistes en Tunisie et en Égypte ne sont pas couvertes par les assureurs.

 


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