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L’Afrique, futur grenier du monde ?

 

Alors que tout le monde attendait l’Afrique, c’est l’Asie qui est en train de s’arroger la palme de la croissance agricole. Certes, les phénomènes climatiques n’aident pas le continent. Mais les erreurs sont avant tout humaines. Rien n’est perdu, car l’Asie labourera son dernier lopin cultivable avant que l’Afrique n’ait fini de faire le tour de son propre terrain. Il va falloir se retrousser les manches.

Comment accélérer le développement agricole en Afrique ? Une même question, deux réponses. Celle qu’on entendait le 17 février de la bouche de Kanayo F. Nwanze au Fida (Fonds international de développement agricole, Nations unies), et celle des participants au Forum de Bamako, la rencontre montante qui se veut « source d’inspiration » pour les dirigeants africains.

Big business…

Pour K. F. Nwanze, l’agriculture doit être considérée comme un business, quelle que soit sa taille. Avec une population mondiale qui devrait atteindre 9,1 milliards d’ici à 2050, « Qui nourrira le monde si nous n’opérons pas un changement radical qui fasse de l’agriculture et des exploitations agricoles des activités rentables et attrayantes ? », a demandé K. F. Nwanze aux 165 gouverneurs de l’agence des Nations unies qui lutte contre la pauvreté rurale.

…ou service public ?

« L’Afrique peut nourrir ses propres enfants », déclarait le Premier ministre malien, Modibo Sidibé, lors de l’ouverture du 10e Forum de Bamako, en février. Les débats ont débouché sur un consensus : la nécessité d’une reprise en main de l’avenir du secteur par les États africains.

Il faut en finir avec les programmes imposés par les institutions internationales : « À l’heure où tout le monde parle de réguler l’économie, on continue de vouloir libéraliser le système agricole », s’insurge Philippe Vasseur, ancien ministre français de l’Agriculture.

Même discours du côté de l’Union africaine. « Plus aucun enfant africain ne devra dormir la faim au ventre et plus aucun enfant africain ne devra mourir de faim », affirmait Bingu wa Mutharika lors de son discours d’investiture à la tête de la présidence tournante de l’Union africaine fin janvier.

Privé ou public, l’argent manque

Du côté des États, l’engagement pris en 2003 (UA, déclaration de Maputo) et réitéré en 2006 de consacrer 10 % de leur budget national à des investissements dans l’agriculture reste inappliqué dans nombre de pays. En 2007 (budget 2006), la moitié des pays africains y avaient consacré moins de 5 %1.

Du côté du privé, le bilan n’est pas plus satisfaisant. Au point que la France a signé en avril 2009 une déclaration d’intention avec la Banque africaine de développement pour la création d’un fonds d’investissement dans l’agriculture africaine, l’Agence française de développement garantissant un retour sur investissement de 5 % minimum aux investisseurs.

On peut s’attendre à ce que ce type d’incitation trouve plus d’écho sur le financement de grands projets agroalimentaires et de monoculture que sur l’agriculture vivrière, sur laquelle le président français Nicolas Sarkozy appelait pourtant à « mettre le paquet » en juin 2008 au sommet de la FAO à Rome.

Quelle agriculture pour demain ?

Pour résoudre le manque de productivité de l’agriculture africaine, il se dégage plusieurs axes de travail qui demandent des réponses urgentes. D’abord favoriser l’investissement privé en pourvoyant des informations fiables (lire la synthèse des perspectives) et en sécurisant le foncier ; puis faciliter l’accès aux engrais, comme le propose l’Alliance for a green revolution in Africa (Agra) de Kofi Annan, qui lutte également contre l’accaparement des terres par des investisseurs privés étrangers, auquel s’opposent des modèles de coopération plus intéressants. La recherche de semences plus résistantes et la surveillance de l’évolution du climat sont étroitement liées pour proposer des solutions à l’agriculture africaine de demain.

(1) Les bons élèves sont le Sénégal, l’Éthiopie, Madagascar, le Mali, le Niger, le Malawi, le Zimbabwe et les Comores.


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