STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


POLITIQUE
Elections

Nigeria : Goodluck Jonathan déclaré vainqueur de la présidentielle

 

Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, vient d’être reconduit à la tête de l’État au premier tour de l’élection présidentielle. Cette annonce a provoqué des émeutes dans le Nord du pays. La Croix-Rouge décompte 276 blessés et de 15 000 déplacés.

Pas de suspense et pas de second tour. Le président nigérian sortant Goodluck Jonathan a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle nigériane ce 18 avril. Arrivé à la tête de l’exécutif l'année dernière après la mort en mai du chef de l'État, Umaru Yar'Adua, dont il était le vice-président, ce chrétien originaire du Sud avait été préféré à un candidat musulman du Nord lors de la primaire par son parti, le PDP (au pouvoir depuis la fin des régimes militaires, en 1999). Une décision contestée par les États du Nord qui dénoncent le non-respect de l’alternance entre ces deux représentations de la population du pays. Les sudistes faisant valoir, quant à eux, le très court premier mandat de G. Jonathan.

Selon des résultats officiels du vote qui s’est déroulé le 16 avril, sur les 36 États du pays, plus la capitale Abuja, G. Jonathan aurait obtenu 22 millions de voix contre 12 millions pour son principal concurrent, Muhammadu Buhari. Hier, déjà, cet écart décisif ne pouvait plus être surmonté. Pour s'épargner un second tour, le candidat arrivé en tête au premier devait remporter le scrutin à la majorité simple, avec au moins un quart des voix dans les deux-tiers des États de la Fédération. G. Jonathan a franchi la barre requise.

Muhammadu Buhari, musulman originaire du Nord qui dirigea la junte militaire dans les années 1980, espérait bien un second tour contre le président sortant, chrétien issu du Delta du Niger. Les proches de Goodluck Jonathan avaient indiqué pour leur part qu'ils ne revendiqueraient pas la victoire de leur candidat tant que les résultats n'auront pas été proclamés par la Commission électorale nationale indépendance (Céni). C’est désormais chose faite : « Goodluck E Jonathan du PDP (Parti démocratique du peuple), ayant satisfait aux exigences de la loi et remporté le plus grand nombre de suffrages, est déclaré vainqueur et élu », a annoncé le chef de la Commission électorale nationale, Attahiru Jega, dans une déclaration officielle depuis Abuja.

Depuis la présidentielle de 1999, le PDP domine la scène politique. Pour chaque élection, le parti présente un ticket avec un président et un vice-président, chacun représentant une partie du pays, le Nord musulman et le Sud chrétien. G. Jonathan, vice-président et chrétien du Sud est devenu chef de l'État en mai 2010 suite au décès de son prédécesseur Umaru Yar’Adua (2007-2010), un musulman.

Le pays reste divisé

Les résultats font émerger une nette division entre le Nord musulman, qui a voté pour l'ex-chef de la junte militaire M. Buhari, et le Sud chrétien favorable au président sortant G. Jonathan. Les partisans de M. Buhari estiment que G. Jonathan a usurpé à leur région le droit de diriger le pays en vertu d'une règle informelle de partage du pouvoir entre musulmans et chrétiens, deux communautés à la taille équivalente dans ce pays de 150 millions d'habitants.

Le scrutin s'est déroulé dans un calme relatif malgré des incidents sporadiques. Les observateurs ont salué le bon déroulement de cette élection, qui marque une rupture positive après une série d'élections frauduleuses, comme en 2007, constate Reuters. William Hague, ministre des Affaires étrangères de l’ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, a salué hier la victoire de G. Jonathan comme « un pas en avant significatif, non pas pour le seul Nigeria, mais aussi pour la démocratie en Afrique ». Cette présidentielle « apparaît comme la plus crédible depuis la fin du régime militaire en 1999 », a-t-il ajouté.

Ce n’est pas l’avis des partisans du candidat du Nord, qui ont officiellement contesté pour irrégularités le résultat de la présidentielle. Des résultats particulièrement élevés en faveur de G. Jonathan dans ses bastions du Sud ont semé le doute : 95 % dans l'État d'Akwa Ibom et surtout 99,63 % dans celui de Bayelsa, où il est né.

« De tels chiffres au-dessus de 95 % paraissent inventés et posent de graves interrogations sur la crédibilité de l'élection », a également relevé Jibrin Ibrahim, observateur d'une ONG, le Centre pour la démocratie et le développement.

Goodluck Jonathan a déclaré après l'annonce des résultats que les Nigérians avaient « montré au monde qu'ils étaient capables d'organiser des élections libres, honnêtes et crédibles », avant de tendre la main à ses rivaux dont il a dit qu'il les considérait comme « non pas des opposants, mais des partenaires ».

Des morts dans le Nord et le centre

Mais dès avant l’annonce des résultats, les émeutes survenues dans le Nord et le centre font craindre une dégradation de la situation. Les violences ont notamment été rapportées dans les villes de Zaria, Jos (centre), Potiskum, Sokoto et Kano (2e ville du pays après la mégalopole Lagos). Un couvre-feu de 24 h a été décrété dans l’État de Kaduna. « Nous avons assisté plus de 276 personnes que nous avons évacuées dans des hôpitaux. Nous allons fournir des abris à plus de 15 000 déplacés », a déclaré le Dr Abdul Mairiga, coordinateur de la Croix-Rouge nigérianne.

(Avec agences)


Du même auteur :