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ECONOMIE | |
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En tête de liste des attentes des Marocains : l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption à tous les niveaux. Sur le premier volet, Mohamed VI a répondu et une réforme est en cours. Sur le second, la réponse s’est fait attendre.
De notre envoyée spéciale à Casablanca
Preuve du malaise des autorités sur ce sujet : la déclaration du ministre de l’Économie et des finances, Salaheddine Mezouar, lors d’une réunion organisée à Paris par le Medef (Mouvement des entreprises de France, patronat). « Le principal fléau est la petite corruption. C’est une des insuffisances de la régionalisation », affirme le ministre. Pour ce dernier, « le Maroc a mis des textes en place. Mais le pays a besoin de passer à une autre phase en responsabilisant le citoyen et en encourageant les associations de lutte contre la corruption ». Certes, la corruption au plus bas niveau handicape violemment la vie des Marocains. En particulier dans le domaine de la santé. « Normalement, tout le monde doit pouvoir accéder à des soins de base dans les hôpitaux publics pour DH 60. Mais régulièrement les patients se voient réclamer DH 250 à 300 », indique Rachid Elalamy, ancien directeur adjoint de la Fédération nationale des assurances ayant travaillé sur la couverture médicale marocaine.
Corruption à haut niveau
Mais d’après Bachir Rachdi, président de la société de conseil Involys et membre de Transparency Maroc, « le Maroc fait face à deux types de problèmes. Ce qu’on appelle la petite corruption, faible dans ses montants individuels, mais forte étant donné la masse de population qu’elle touche. Et la corruption au plus haut niveau où les montants sont très importants pour chaque transaction ».
Ce dernier type entrave clairement le bon déroulement des affaires et les autorités marocaines en sont conscientes. « Globalement, les différents rapports témoignent des efforts du Maroc dans les domaines de la stabilité politique, le cadre macro-économique, le système financier, l’ouverture de l’économie, la facilité de création d’entreprises et les procédures douanières. Toutefois, ces progrès n’occultent pas les domaines identifiés par ces rapports comme des faiblesses du Maroc. (…) Les plus importantes et plus récurrentes relèvent de la justice, du marché du travail, de la corruption, de la protection des investisseurs, de l’innovation et la recherche-développement ainsi que de la qualité du système d’enseignement et de la formation professionnelle », peut-on lire dans le rapport économique réalisé par le ministère de l’Économie et des finances pour le projet de loi de finances 2011.
Pour B. Rachdi, « la lutte contre la corruption et de façon générale le mouvement de modernisation a régressé depuis mi-2000. Lors de l’accession au trône de Mohamed VI, il y a eu un bel élan de lutte contre les phénomènes de corruption. Moi-même en tant qu’entrepreneur, je l’ai senti. Ensuite, son entourage a dit au roi qu’il était menacé, que des attentats étaient dirigés directement contre sa personne et il y a eu un repli. Les arguments sont d’ailleurs toujours les mêmes pour justifier l’immobilisme : le manque de maturité et d’éducation de la population et la montée de l’islamisme. Le 11 septembre est venu renforcer cette tendance et le 16 mai(1) a « donné raison » à cette argumentation. Il y a eu à partir de ce moment-là une théorisation du système politique pour l’orienter vers un système ‘’benaliste’’. »
B. Rachdi pointe une sincère volonté politique mais un manque d’audace pour faire face aux partisans du statu quo. Ces derniers sont d’ailleurs bien connus au Maroc. À la tête de grands groupes et souvent avec des responsabilités politiques à haut niveau, ils mélangent allègrement affaires et politique afin de se préserver des quasi-monopoles très confortables financièrement. « Cette cleptocratie a eu de moins en moins de complexes à s’afficher, ce qui a provoqué un ras-le-bol général », précise Fouad Abdelmoumni. Du coup, les jeunes du « Mouvement du 20 février » ont trouvé un écho dans les milieux d’affaires. Certains patrons influents se sont rapidement ralliés à leur cause en apportant un soutien moral affiché, voire un soutien financier, au mouvement de réforme.

Les hommes d'affaire montent au créneau
Ils s’appellent Karim Tazi, président de la société de mobilier marocaine Richbond, ou encore Miloud Chaabi, à la tête d’une gigantesque holding et 62ème fortune mondiale d’après le classement 2009 édité par Forbes. Ces derniers se plaignent ouvertement des distorsions de la concurrence engendrées par la corruption et réclament un traitement égal pour tous les entrepreneurs. L’attribution inéquitable du foncier revient régulièrement dans les discussions. « Miloud Chaabi, qui a fait fortune en grande partie dans le secteur immobilier, voit l’État servir sans vergogne Doha, dont on dit qu’ils sont des prête-nom du roi », souligne F. Abdelmoumni.
Leur ralliement a clairement contribué à crédibiliser le mouvement et surtout à le rendre audible auprès des jeunes Marocains issus des classes favorisées. « Après la chute de Ben Ali et la manifestation du 20 février, j’ai eu peur », témoigne une jeune cadre casablancaise issue d’une famille favorisée. « Aujourd’hui, je comprends que mes intérêts ne sont pas directement menacés par le mouvement. Au contraire ».
« Il faut passer d’une logique d’enrichissement à une logique de création de richesses », affirme B. Rachdi.
Même son de cloche du côté de Fouad Abdelmoumni : « il y a ceux qui considèrent que leurs avantages acquis ne sont pas menacés et qu’ils gagneraient à une pacification et à une plus grande transparence. Et il y a ceux qui en sont encore au stade de l’accumulation de richesses et qui rechignent à voir le droit s’appliquer à tous ».
Et d’ajouter : « le Maroc n’est pas dans une logique d’appropriation des biens par l’État. Il n’y a pas de raison d’avoir peur. C’est une révolution bourgeoise ».