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L’heure est à la course aux acquisitions dans le secteur bancaire. Les nouvelles normes prudentielles imposées par Bâle II et III ainsi que le potentiel du continent ont stimulé les mouvements d’expansion, de rachats ou de fusions depuis 2007. Les filiales de banques se rachètent à prix d’or. Mais les stratégies adoptées par les groupes « prédateurs » risquent d’être freinées par le prix des acquisitions.

« Désormais, tous les regards sont tournés vers l’Afrique », commentait Jacko Maree, le PDG de Standard Bank en septembre dernier. À commencer par le regard des banques africaines elles-mêmes. Standard Bank, ainsi que d’autres banques sud-africaines et nigérianes, a initié son expansion sur le continent dès le début des années 1990. Mais c’est peu avant la crise financière que les opérations de fusions-acquisitions bancaires ont pris un essor phénoménal.
Les émergents à la conquête
L’acquisition de 20 % de la banque sud-africaine Standard Bank par l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) en février 2008 aura sûrement été l’une des opérations emblématiques de cet intérêt international pour le secteur bancaire africain. Cependant, le colosse chinois n’a pas été le premier sur les rangs. Les banques marocaines – la BMCE d’abord puis le groupe Banques populaires du Maroc – avaient donné le ton dès les années 1990.
Mais c’est sans aucun doute Attijariwafa bank (AWB) qui est la plus gourmande. La championne marocaine, a mis un pied au Sénégal en 2005. Puis en 2008, dans la foulée, AWB rachète cinq filiales du Crédit agricole France.
« Notre groupe, comme beaucoup de groupes bancaires, est pris dans la tourmente de la crise. Le Maroc n’est pas encore dans l’œil du cyclone. Cependant, nous traversons cette crise en étant forts. À l’international, notre stratégie, comme nous l’avons définie en mai dernier lors de l’augmentation de capital de notre groupe, privilégie les activités de banque de proximité en Europe, ainsi que dans le bassin Méditerranéen », expliquait alors Jean Frédéric de Leusse, ex-directeur général adjoint du Crédit agricole.
De façon générale, les groupes bancaires qui ont poursuivi ce mouvement entamé avant la crise financière sont ceux qui ont le moins souffert de ses conséquences directes : les banques africaines, et celles d’un certain nombre de pays émergents. À titre d’exemple, sur les 750 succursales détenues par Ecobank, 40 % ont été ouvertes entre 2007 et aujourd’hui, rapporte The Economist. Fin 2009, les banques d’Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud, ont totalisé des profits de $ 2,5 milliards.
Les perspectives sont alléchantes et les banquiers du Sud ne s’y trompent pas. Ainsi en janvier 2010, Bank of China scelle une alliance avec le groupe d’origine togolaise Ecobank, présent dans 31 pays africains. En août, les Brésiliennes Bradesco et Banco do Brasil ont annoncé la création d’une holding africaine avec la banque portugaise Banco Espirito Santo (BES), déjà active en Angola. Un environnement « de plus en plus compétitif » d’après William Mills, en charge de l’Afrique pour Citigroup. Résultat, le secteur bancaire se concentre dans les mains de quelques-uns accompagné d’une perte de souveraineté pour les autres (voir graphique).
L'Afrique bancaire est très concentrée
80% du total de bilan africain est détenu par 4 pays. 70% du PNB également.

Source: Présentation de Dhafer Saidane à l'occasion de la réunion du Club des dirigeants de banque Africains qui s'est tenue à Libreville du 10 au 12 février 2010
Fin du pic de fièvre
Bien sûr, face à cette frénésie, les prix des acquisitions sont montés en flèche. Or, le retour sur fonds propres (ROE) a globalement baissé. Traditionnellement, les banques profitaient de taux d’intérêts élevés sur les crédits au secteur privé qui leur garantissaient une belle rentabilité sans prendre trop de risques, puisqu’elles limitaient leurs engagements aux catégories riches de la population, aux États et aux moyennes et grandes entreprises. Mais la donne a changé. Les taux baissent et la rentabilité est mécaniquement affectée.

Dernièrement, la banque britannique HSBC a renoncé au rachat de 70 % de Nedbank, banque sud-africaine dans le giron de l’assureur Old Mutual pour laquelle elle avait proposé $ 8 milliards. Standard Bank, également intéressée par sa concurrente, a déjà annoncé que son offre n’excèderait pas une prime de 15 s% au-dessus de la valeur de marché de Nedbank. Standard Bank a d’ailleurs fait part de son intention de ralentir son développement sur le continent africain, que son PDG a reconnu « un peu trop agressif ».
Même chose du côté d’Ecobank dont le PDG Arnold Ekpe a annoncé que l’expansion continentale allait ralentir pour restaurer une rentabilité des fonds propres tombée à 6 %. Rappelons que les banques sud-africaines ont été rattrapées par les effets de la crise financière et que Standard Bank a dû licencier 2 000 salariés en octobre.
L’Afrique n’en demeure pas moins intéressante pour qui trouvera le business model approprié. Là, l’urbanisation rapide du continent et le développement des nouvelles technologies, internet et mobile, viennent à la rescousse pour engager une stratégie de volumes qui pourrait s’avérer payante au regard du potentiel de croissance.
Dans la zone Cemac comme dans la zone Uemoa, le taux de bancarisation frise les 6 % avec une implantation bancaire inégale dominée par le Sénégal et la Côte d’Ivoire (51 s% du réseau bancaire régional). Une étude datée de fin 2010 d’Attijari Intermédiation (filiale marché du groupe éponyme) maintient que l’Afrique reste « sun marché idéal pour toute banque internationale désireuse de diversifier ses activités et d’améliorer sa rentabilité ».