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Le privé à l'assaut du Sud-Soudan

 
Les locaux de la diplomatie britannique à Juba.
Les locaux de la diplomatie britannique à Juba. Photo: Foreign and Commonwealth Office.

Dans trois jours exactement, l’Afrique comptera un tout nouveau pays. Et pas des moindres. Le Sud-Soudan regorge de richesses naturelles, pétrolières en particulier, mais pas uniquement.

Le Sud-Soudan bénéficie du soutien infaillible des États-Unis et de la quasi-totalité des bailleurs de fonds multilatéraux. Juba se prépare donc à débuter sa nouvelle vie et part avec les compteurs à zéro en termes de dette. Un donné pour un rendu ? Les entreprises, américaines en particulier, sont également à l’affut depuis plusieurs années. Alors que les autorités du Sud du pays étaient dans le cadre du Comprehensive peace agreement (CPA), ces dernières ont négocié plusieurs contrats avec des entreprises étrangères dans des conditions qui laissent perplexe. Pas moins de 9 000 entreprises se sont vu délivrer des certificats d'enregistrement ces 5 dernières années.

Jackpot pour une entreprise texane

Un contrat fait particulièrement parler de lui. Il s’agit de celui négocié par la Nile Trading and Development Inc. (NTD) avec une obscure coopérative locale en 2008. Cette filiale de Kinyeti Development LLC, établie au Texas, a fait l’acquisition d’un terrain de quelque 600 000 hectares, soit environ 1 % du territoire du nouvel État, situé à environ 60 km de la capitale, Juba. NTD peut exploiter toutes les ressources naturelles qui pourraient s’y trouver pendant quarante-neuf ans, révèle le think tank The Oakland Institute dans une enquête. L’ONG américaine révèle le montant de l’acquisition… $ 25 000, avec en sus une option pour la location de 400 000 hectares supplémentaires. À la direction de NTD, on retrouve Howard Eugene Douglas, ancien ambassadeur pour les réfugiés du président Ronald Reagan, entre 1981 et 1985. Un contrat rondement négocié puisque NTD compte, outre l’exploitation du sol (exploitation forestière, production d’agro carburants…) et du sous-sol, récupérer des crédits carbone.

La pression monte donc sur le foncier du pays. Déjà depuis quelques années, les prix des logements dans la capitale Juba ne cessent de grimper. Un phénomène qui, faute de nouvelles capacités d’accueil, devrait continuer sur la même lancée.

Deux poids, deux mesures

La filiale du groupe français AGS, Mobilitas, spécialisée dans le déménagement international ne s’y trompe pas et a annoncé qu’elle s’implanterait au Sud-Soudan, « j’espère d’ici la fin de l’année », précise Alain Boulnois, son vice-président, en charge du développement. Motivée par « l’arrivée prochaine d’une vague d’entreprises, d’ONG et de représentations diplomatiques, Mobilitas veut avoir une longueur d’avance », ajoute A. Boulnois. « Nous y pensons depuis octobre 2010. En début d’année nous avons pu confirmer notre intérêt pour le pays. On ne s’interrogeait pas vraiment sur le déroulé du referendum (d’indépendance du Sud-Soudan, Ndlr) mais davantage sur la légitimité de ce gouvernement, ce qui est le cas », explique-t-il. En jouant avec un coup d’avance, Mobilitas prend des risques. « Ce n’est pas encore un pays, donc le cadre juridique est flou », admet A. Boulnois.

D’autant que les autorités sud-soudanaises pratiquent visiblement la politique du deux poids deux mesures et focalisent sur l’exploitation pétrolière et minière. « Les entreprises de taille intermédiaire ne sont pas encore dans leur esprit », commente le responsable de Mobilitas, « ils nous demandent un droit d’entrée extrêmement élevé, entre $ 500 000 et 1 million. Nous sommes en pleine discussion sur ce sujet à l’heure actuelle ». Le jeu en vaut sûrement la chandelle d’après A. Boulnois qui précise que « cela ne bloque pas les discussions. Nous pensons pouvoir arriver à un compromis acceptable ».

 


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