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Paludisme: retour sur investissement

 

Investir dans la santé, en particulier pour lutter contre le paludisme, est rentable pour les entreprises implantées en Afrique. À double titre : en termes économiques, mais aussi d’image.

Partout dans le monde, on attend des entreprises qu’elles adoptent un comportement socialement responsable. « L’incapacité d’une entreprise à faire face à une épidémie de paludisme parmi ses employés serait assimilée à un manquement à une bonne conduite commerciale et, aux yeux du public comme dans son domaine d'activité, son image risquerait d'en pâtir », écrivent les auteurs du rapport du Partenariat RBM (Roll Back Malaria, Faire reculer le paludisme) publié en mai 2011.

Voilà déjà une bonne raison qui peut donc pousser les entreprises à investir le champ de la santé. Mais aussi, les retombées économiques de ces investissements dans la santé sont loin d’être négligeables. Sur le continent, les grandes entreprises internationales et leurs filiales investissent le champ de la santé pour leurs salariés et leur famille, voire participent à des partenariats locaux, régionaux ou nationaux. Depuis plus de dix ans, la pandémie du sida les a obligées à investir dans des programmes de prévention et prise en charge. Elles se sont même regroupées à travers la Coalition mondiale des entreprises contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme ou l’association Sida-entreprises. Avec cette expérience, elles se penchent sur d’autres pathologies chroniques ou endémiques. Et entre autres le paludisme (lire MTM n°3166 d’août 2006). Pour les entreprises, l’objectif n’est pas de se transformer en mécène, mais de faire face à un risque et de réduire l’impact économique induit par la forte prévalence de certaines maladies.

Rentabilité

Dans son rapport « Investissement des entreprises dans la lutte contre le paludisme – Retombées économiques et protection de la main d'œuvre en Afrique », RBM met en relief la rentabilité des investissements consentis par certaines entreprises privées en matière de lutte contre le paludisme. « En Zambie, par exemple, l'ensemble des données fournies par les entreprises Zambia Sugar, Mopani Copper Mines et Konkola Copper Mines fait apparaître qu'une dépense moyenne annuelle de $ 34 par employé pour lutter contre le paludisme sur la période 2000-2009 a permis de diminuer de 94 % le nombre annuel de journées de travail perdues à cause de cette maladie », affirme RBM. Le rapport montre que la mise en œuvre d'interventions modérément coûteuses peut entraîner des bénéfices réels pour les entreprises. Non seulement l’absentéisme lié au paludisme a baissé, mais même les dépenses liées au paludisme ont diminué de 76 % en moins d'une décennie. Selon une étude, le taux de rentabilité interne annualisé a été évalué à 28 %.

Dans la communauté d'Obuasi au Ghana, AngloGold Ashanti a divisé par cinq ses coûts mensuels de traitements antipaludiques entre 2004 et 2009 en collaborant avec le programme national de lutte contre le paludisme pour la distribution de moustiquaires imprégnées d'insecticide, le diagnostic rapide et le traitement des cas, et la pulvérisation intradomiciliaire d'insecticides à effet rémanent. En cinq ans, le nombre des consultations à l’hôpital de la région a chuté de 6 800 à 1 100 par mois et le coût mensuel des traitements antipaludiques pour l’entreprise est passé de $ 550 000 à $ 9 800. Selon Steve Knowles, responsable du programme de lutte contre le paludisme d'AngloGold Ashanti : « La recherche, le suivi et la surveillance sont des activités essentielles qui doivent être réalisées en continu. Le partenariat entre les autorités compétentes et les communautés locales est aussi un facteur-clé de réussite. »

Le coût du paludisme

Cette maladie est responsable de la mort de près de 800 000 personnes dans le monde, dont 90 % en Afrique. Elle entraîne une baisse de la productivité à cause d’un fort taux d’absentéisme et d’une augmentation des dépenses de santé. Sur ce continent, la maladie pèse lourd sur les entreprises et les économies, avec des pertes de productivité s'élevant à $ 12 milliards chaque année. Certaines études évoquent une amputation de 1,3 point à la croissance du PIB. « La maladie et l’absentéisme entraînent un affaiblissement de la main d’œuvre, des pertes d’épargne, la baisse de l’activité commerciale, des investissements et des recettes fiscales et la réduction des budgets de santé publics », énumère le rapport.

Les grandes entreprises comme les petites

Avec une mise de fonds modeste, une entreprise peut rapidement générer des bénéfices économiques et sanitaires considérables, et enregistrer un taux de rentabilité élevé. Elle en retire également et « gratuitement » d’autres bénéfices qui ne sont pas pris en compte dans une analyse économique, elle peut asseoir son « image d’entreprise citoyenne et de responsabilité sociale ». Si le rapport se base sur l’exemple de grandes entreprises, « les entreprises de toute taille peuvent constituer de solides partenaires en matière de lutte contre le paludisme ».

Les entreprises qui opèrent dans une zone de transmission du paludisme peuvent associer leurs efforts et œuvrer auprès des autorités sanitaires publiques locales et nationales, afin de réduire considérablement l’impact de la maladie sur la communauté et en retirer des bénéfices économiques directs. « Quelle que soit la manière dont les entreprises privées choisissent de s’impliquer dans la lutte contre le paludisme, ce rapport démontre clairement qu’il en résulte un impact extrêmement positif pour l’entreprise, ses employés et ses opérations, ainsi que pour la communauté locale, nationale et internationale. »

 


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