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DEVELOPPEMENT DURABLE | |
| RSE |
De l’exigence sociétale (environnementale et sociale) indispensable au développement durable à l’arme géostratégique du nouvel ordre économique mondial, la responsabilité sociétale des entreprises est désormais au cœur du business mondial. Pour une Afrique désormais très convoitée, les enjeux sont énormes. Une analyse de Thierry Téné, spécialiste de la RSE en Afrique.
La démarche de responsabilité sociétale des entreprises est encore à ses prémices en Afrique. Mais plusieurs signaux indiquent une probable accélération. Le premier, et le plus important, est le mouvement mondial que l’on observe autour de la RSE : Principes directeurs de l’OCDE, Pacte mondial de l’Onu, ISO 26000, Principes de l’investissement responsable, Déclaration tripartite de l’Organisation internationale du travail, Global Reporting Initiative, mise en œuvre de labels et autres chartes… On ne compte plus les initiatives pour la promotion d’une économie responsable. La plupart de ces démarches visent les sociétés transnationales avec une obligation de publier des rapports extra financiers sur les actions sociales et environnementales.
La pente ascendante et irréversible de la RSE en Afrique
Ce n’est plus seulement le siège qui est concerné mais également les filiales et les chaînes d’approvisionnement dans les pays du Sud. Les multinationales implantées en Afrique, ainsi que celles qui le prévoient, vont désormais difficilement échapper aux exigences de RSE. Le deuxième indicateur est l’émergence d’une classe moyenne qui, en plus de tirer la croissance économique du continent, est de plus en plus exigeante sur le respect des normes environnementales et sociales par les entreprises.
Les États ne sont pas en reste. C’est par exemple le cas de l’Afrique du Sud qui vient de lancer le code pour l’Investissement responsable.
Le secteur privé bouge également avec l’initiative remarquable de la Confédération générale des entreprises marocaines (patronat) qui a lancé un label RSE. L’institut Afrique RSE organise en partenariat avec le Gicam, la principale organisation patronale du Cameroun, la première édition du forum international des pionniers de la Responsabilité sociétale des entreprises en Afrique. L’intérêt de cette rencontre est la co-construction par l’Afrique et pour l’Afrique du Manifeste de Douala sur la RSE en Afrique.
Même si le rapport de force est actuellement à son désavantage face aux entreprises, la société civile (ONG, associations communautaires et syndicats) interpelle de plus en plus les multinationales sur les devoirs sociétaux et a davantage recours aux procédures pénales pour exiger des condamnations pour atteinte à l’environnement et/ou non respect des clauses sociales, ce qui change la donne et pousse les entreprises à passer à l’action.
RSE : entre risques et opportunités pour les multinationales
Dans sa Note blanche n°8 de novembre 2010 intitulée « Développement durable version 2010 » Sylvie Ouziel, directrice générale adjointe d’Accenture management consulting Monde, décrypte l’engagement des entreprises. 766 directeurs généraux ont été interrogés sur « l’importance du développement durable dans le succès de leur entreprise » pour le compte du Pacte mondial des Nations unies. Ils sont 97 % en Afrique subsaharienne à le juger très important (60 %) ou important (37 %). L’Afrique au sud du Sahara fait ainsi jeu égal avec l’Amérique latine, juste derrière l’Asie (98 %) mais devant l’Europe (93 %) et surtout l’Amérique du Nord (90 %). Le principal enseignement de cette étude est que les responsables de sociétés transnationales perçoivent la forte attente par rapport aux questions environnementales et sociales, dans les pays du Sud en général et en Afrique en particulier.
Par ailleurs, le faible pourcentage (75 %, dont 22 % « très important ») d’intérêt pour la RSE de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, qui pointent à la dernière position de cette enquête, suscite toutefois quelques interrogations.
Dans un contexte de mondialisation où la conquête des nouveaux marchés exacerbe la concurrence, il est indispensable d’innover pour se différencier. En Afrique, nous sommes persuadés que les entreprises qui intégreront dans leur business model une stratégie ambitieuse de RSE gagneront la plus grosse part du gâteau sur un continent émergent. Au-delà du gain en parts de marché, la RSE permet aussi le gain de productivité grâce à une amélioration du contexte social dans l’entreprise et avec les parties prenantes externes, notamment les communautés locales. Une économie responsable permet enfin une réduction des coûts et la conquête de nouveaux marchés grâce au social-green business.
En Afrique, la RSE subie est aussi un risque important pour les multinationales. Un nouveau gouvernement qui décide d’annuler tous les contrats avec une ou plusieurs industries minières ou forestières parce qu’ils sont jugés défavorables pour le pays, les communautés locales qui décident de manière unilatérale une augmentation des droits sur les titres fonciers ou exigent la construction d’infrastructures énergiques ou routières qui sont normalement du ressort de l’État, sont autant de menaces pour les sociétés transnationales en Afrique. Les investisseurs sont donc contraints d’être attentifs à la distribution des richesses créées localement et à la prise en compte des impacts environnementaux et sociaux pour anticiper les risques.
Filiales africaines, jouez donc le jeu de la RSE…
Le Rapport sur l’investissement dans le monde 2011 publié le 26 juillet par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) mentionne que « les normes de responsabilité sociale d’entreprise (RSE) influent de plus en plus sur les politiques d’investissement ». L’organisme onusien observe également qu’au cours des dernières années, les normes de responsabilité sociale d’entreprise sont devenues une caractéristique unique du « droit souple » ou droit « non contraignant ». Pour la Cnuced, ces normes RSE concernent le plus souvent les activités des sociétés transnationales et, en tant que telles, exercent de plus en plus d’influence sur l’investissement international à mesure que les efforts de rééquilibrage des droits et des obligations de l’État et de l’investisseur s’intensifient.
L’Afrique a probablement une carte à jouer pour une mutation vers l’économie responsable. Mais dans une économie globalisée, quelles sont les frontières de la responsabilité des entreprises ? Dans un article publié le 30 mai dans le quotidien français La Tribune et intitulé « Nationalité des entreprises : la grande confusion », l’économiste Nicolas Véron - après avoir rappelé que « dès 1967, George Ball, un diplomate américain, prédisait que les grandes entreprises acquerraient peu à peu une identité apatride » - estime que « les entreprises elles-mêmes risquent d’éprouver des difficultés croissantes à proposer une vision claire de leur identité à leurs parties prenantes. Leur dédoublement de personnalité, nationale et mondiale, peut aisément les conduire à des comportements irresponsables. »
Toutefois, exemplarité par rapport au siège et cohérence avec la politique RSE du pays d’origine doivent être les exigences africaines face aux multinationales. À travers leurs investissements étrangers et leurs chaînes mondiales de valeur, les sociétés transnationales elles aussi peuvent influer sur les pratiques sociales et environnementales des entreprises partout dans le monde, conclut la Cnuced. Il faut donc jouer le jeu en Afrique.
Visiter le site de l'institut Afrique RSE