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Après avoir soutenu les régimes de Z. Ben Ali et d’H. Moubarak, à l’instar de tous les bailleurs de fonds, la Banque africaine de développement (Bad) admet ses erreurs de jugement concernant le développement économique de l’Égypte et de la Tunisie.
De notre envoyée spéciale à Lisbonne
Lors de ses Assemblées annuelles, la Bad, par la voix de son président Donald Kaberuka, a été obligée d’avouer : « En Tunisie, la révolution s’est faite sans les bailleurs de fonds, au contraire », a-t-il admis. « Tous, y compris la Bad, ont soutenu Ben Ali car la Tunisie était considérée comme un modèle de croissance. Nous avons beaucoup appris ces derniers mois ».
Le raté des bailleurs de fonds
Jacob Kolster, responsable Tunisie et Égypte pour la Bad, confirme : « Nous avons concentré notre attention sur les infrastructures économiques, l’intégration à l’économie mondiale. Nous avons laissé de côté un certain nombre de facteurs. En Égypte, par exemple, aujourd’hui 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, dans un pays qui, sur de nombreux autres aspects, se rapproche des pays à revenus intermédiaires ». Concernant la Tunisie, J. Kolster souligne que « des régions entières du pays étaient sous développées et ne bénéficiaient d’aucun service d’éducation ou de santé de la part du gouvernement ».
Pourtant, les problèmes de corruption et de justice économique en Tunisie ont commencé à être soulevés par les entreprises dès 2006-2007, date à laquelle ces phénomènes se sont accélérés pour devenir finalement intolérables.
« Le dérapage avec la famille Trabelsi a démarré vers 2003-04 mais sans être toléré, il était relativement marginal alors qu’après il a littéralement explosé. Je l’ai ressenti vers la fin de mon séjour quand des chefs d’entreprise en ont eu assez d’être victimes de holdups », explique un haut fonctionnaire français en poste à Tunis jusque fin 2005. « D’autant qu’on a vu apparaître au même moment la petite corruption, qui n’existait quasiment pas auparavant. Pour nos interlocuteurs, l’émergence de ce phénomène était liée au mauvais exemple donné par les dirigeants du pays et bien que la liberté de parole soit limitée, les gens en avaient tellement marre qu’ils ont commencé à parler », ajoute-t-il.
Hébergée provisoirement depuis 2004 à Tunis, la Bad était pourtant au plus près des Tunisiens. Serait-ce justement cette proximité géographique qui a bâillonné l’institution financière internationale sur les questions de corruption ? « Je ne crois pas que cela ait joué. Nous ne le faisons dans aucun pays où nous sentons que la volonté politique n’est pas présente. Nous n’aurions pas pu évoquer ces questions avec le gouvernement tunisien même si nous avions été basés en Afrique du Sud », affirme J. Kolster.
Un rattrapage financier bienvenu mais mal vu
Du coup, pour se rattraper, la plupart des bailleurs internationaux et bilatéraux ont sorti le chéquier. Lors du sommet du G8 fin mai à Deauville, les grandes puissances économiques ont promis $ 20 milliards d’aide au titre de l’aide bilatérale et 20 milliards supplémentaires au titre de l’aide bilatérale pour l’Égypte et la Tunisie.
Rien que pour la Bad, « nous prévoyons des engagements à hauteur de $ 1 milliard juste pour cette année en Tunisie », précise le responsable Égypte et Tunisie de l’institution « et quelque 5 à 7 milliards sur l’ensemble de la zone Afrique du Nord dans les deux ou trois années à venir ». Fière d’avoir été la première à réagir, la Bad s’imagine leader sur un certain nombre d’opérations.
Cet élan de bonne volonté un peu tardif de la part des bailleurs de fonds oublie toutefois que les nouveaux gouvernements égyptien et tunisien pourraient bien claquer la porte au nez de certains d’entre eux. L’annonce de l’aide promise par les bailleurs multilatéraux, en particulier la Banque mondiale et le FMI, passe mal auprès des populations, notamment en Égypte. Les institutions de Bretton Woods ont mauvaise presse pour avoir financé des réformes ayant très peu bénéficié aux populations sous l’ancien régime. Par ailleurs, des doutes étaient émis sur les conditions exigées par ces bailleurs en échange des financements et sur le poids de cette dette sur les futures autorités.
L’Égypte vient ainsi d’annoncer qu’elle refusait pour le moment les prêts proposés par le FMI et la Banque mondiale. En revanche, les autorités de transition devraient accepter le cadeau de $ 500 millions décaissés par le Qatar.
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