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Le White spot syndrome virus a été détecté fin août sur des crevettes au Mozambique. Il s’agit du premier cas déclaré en Afrique de ce virus présent dans la plupart des autres régions du monde. L’environnement et les secteurs de la pêche et de l’aquaculture de crustacés du continent sont menacés, un défi pour les autorités nationales et les acteurs concernés.
L’OIE (Organisation internationale de la santé animale) a publié l’information dès l’annonce des résultats au laboratoire de l’Université d’Arizona aux États-Unis : Aquapesca, la plus importante ferme de crevettes du Mozambique, a bien été contaminée à Quelimane par le White spot syndrome virus (virus du syndrome des points blancs). Ce virus n’atteint pas les poissons et ne présente aucun danger pour l’homme mais, très contagieux et mortel pour la plupart des crustacés, il présente une menace pour la biodiversité et l’économie.
Installée depuis 17 ans dans la province de Zambézie, Aquapesca a donc perdu toute sa production en quelques semaines : 90 tonnes sur les 500 prévues pour ce cycle d’élevage, soit 3,5 millions d’euros. « Nous avons dû nous séparer d’environ 80 employés sur 800. Les journaliers sont les premiers touchés, déplore Azmina Goulamaly, la présidente d’Aquapesca. Les autres sont encore au travail : il faut désinfecter et sécuriser nos installations sur 350 hectares de site. Je n’ai pas l’intention de m’arrêter, des solutions techniques existent pour produire dans un environnement avec le White spot. » Aquapesca fait partie des rares producteurs de crevettes dans le monde à avoir obtenu le label Agriculture biologique (AB).
2 770 km de côtes à contrôler
Au Mozambique, l’Inaqua (Institut national de développement de l’aquaculture) et l’INIP (Institut national d’investigation des pêches) ont lancé d’un plan d’échantillonnage : fermes, bateaux, estuaires et magasins ont été investigués. Les résultats montreront si d’autres zones sont affectées le long des 2 770 km de côtes. Pour Pierre-Philippe Blanc, assistant technique auprès de l’APCM (Association des producteurs de crevettes du Mozambique), il faudra ensuite contrôler les zones concernées et renforcer les laboratoires du pays : « C’est le devoir du Mozambique de limiter la propagation du virus. Il est encore possible de le contenir voire de l’éradiquer, dans le pays et dans la région.» La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), les experts de l’OIE ou encore la Norvège, principal bailleur du secteur de la pêche au Mozambique, pourraient soutenir les autorités compétentes. « Et au delà de l’argent, la volonté et la coopération de tous les acteurs sont nécessaires, ainsi qu’un certain leadership, » insiste Azmina Goulamaly.
D’après les chiffres du ministère des Pêches, le Mozambique a produit 164 209 tonnes de produits de la mer en 2010, pour une valeur de $ 454,9 millions (dont un peu plus de $ 68 millions en valeur à l’export). Si les crustacés ne représentent que 10 % de ce volume, ils contribuent en valeur à 75 % des exportations du Mozambique en produits de la mer, soit $ 51,8 millions.
L’océan Indien prend des mesures préventives
Contrairement à l’Asie et à l’Amérique, deux grandes zones d’aquaculture, l’Afrique n’avait jamais été inquiétée par le White spot. L’absence du virus dans son environnement représentait un atout concurrentiel important pour les investissements aquacoles.
Alors que la source de la contamination est encore inconnue, les entreprises de la région sont attentives. À Madagascar notamment, où la pêche et l’aquaculture crevettières sont déjà en difficulté, les autorités ont réagi vivement, en renforçant les contrôles aux frontières et interdisant l’importation de produits de la mer du Mozambique.
Donald Lightner, spécialiste des pathologies de crustacés, rappelle dans un article scientifique que l’épidémie de White spot a émergé au début des années 1990 en Asie, causant rapidement de lourdes pertes socio-économiques. En 1999, le virus a sérieusement impacté les crevettes d’élevage mais aussi sauvages d’Amérique. L’Australie et l’Espagne ont été touchées à leur tour au début des années 2000. Mais grâce à des mesures efficaces, ces deux pays ont réussi à éradiquer le White spot. Des cas d’école pour le Mozambique, si ce dernier parvient à circonscrire l’infection. Un confinement qui passe notamment par le contrôle strict des mouvements d’animaux.
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