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Entretien avec... David Roux (Tullow): «Nous entraînons dans notre sillage des majors qui ont perdu leur appétit pour le risque exploratoire»

 
David Roux, directeur Afrique centrale et de l'Ouest de Tullow Oil
La britannique Tullow Oil est venue bousculer les majors pétrolières sur leur terrain africain. Photo: Tullow

Fondé en Irlande en 1985, Tullow a démarré sur un champ de gaz au Sénégal. Après une décennie d’expansion, l’acquisition majeure d’Energy Africa a apporté au groupe une position unique en Afrique. Il est aujourd’hui présent dans 17 pays du continent où ses découvertes majeures ont fait de lui un acteur très remarqué. David Roux, directeur Afrique centrale et de l'Ouest de Tullow, nous livre des éléments de compréhension concernant la stratégie et le positionnement de son entreprise par rapport à ses concurrents.

  1. MTM : Fort de ses succès, l’ambition de Tullow est-elle d’accéder au rang de nouvelle major de l’univers pétrolier ?
    David Roux : Je pense que Tullow est en train de développer aujourd’hui un concept nouveau que l’on peut qualifier de « super indépendant » plutôt que de major. L’idée n’est pas de copier un modèle qui a aujourd’hui montré ses limites en termes d’exploration, mais bien de développer notre propre modèle qui lui, est en train de faire ses preuves.

  2. MTM : Avez-vous profité d’un certain manque d’initiative de la part des majors ?
    D.R. : On constate en effet, tant en Ouganda où nous venons d’inviter Total et Cnooc à notre table, qu’en Guyane française où Shell et Total nous ont rejoint, que Tullow est à l’avant-garde de l’industrie. Nous entraînons dans notre sillage, lorsque les risques que nous avons pris ont payé, des majors qui ont semble-t-il perdu leur appétit pour le risque exploratoire. Il est clair que depuis un certain nombre d’années, la capacité des majors à prendre des risques a dramatiquement diminué et a, de fait, laissé un espace immense, espace dans lequel Tullow Oil s’est rapidement et courageusement engagé avec les succès que l’on connaît.

  3. MTM : En Afrique, la donne est-elle donc en train de changer sur ce terrain ?
    D.R. : On observe en effet un redéploiement des cartes dans le domaine de l’amont pétrolier où Tullow a, depuis 5 ans, acquis la position unique de pionnier (« basin opener ») suite à une série de succès : en Ouganda avec les découvertes dans le graben Albertine dont le taux de succès est proche de 100 %, au Ghana avec Jubilee à l’est de la marge équatoriale, en Sierra Leone avec les découvertes de Venus et Mercury 1 et très récemment en Guyane française avec la découverte de Zaedyus, de l’autre côté du miroir géologique qu’est l’Atlantique.

  4. MTM : Votre stratégie semble différer de celle d’autres sociétés pétrolières qui misent sur une découverte pour revendre au plus vite leurs actifs ainsi valorisés. Quand est-il réellement ?
    D.R. : Si nos succès en exploration sont majeurs, Tullow Oil n’est pas du genre à ouvrir une nouvelle province et à en sortir en passant par la caisse. Notre société suit ses découvertes avec des programmes agressifs d’exploration complémentaires au niveau du bassin sédimentaire et d’appréciation des découvertes. C’est par exemple le cas en Ouganda sur le lac Albert, au Ghana avec la poursuite du programme d’exploration appréciation, en Sierra Leone avec le forage prochain des puits Jupiter-1 et Mercury-2, entre le Ghana et la Sierra Leone, dans un arc ouest-africain aujourd’hui dé-risqué, avec le forage en cours du puits Montserrado-1 au Liberia puis, en début d’année prochaine en Côte d’Ivoire sur les permis CI-103 et CI-105. C’est également le cas de l’autre côté de l’Atlantique avec la poursuite des efforts en Guyane française, mais également au Suriname et au Guyana voisins.

    En matière de développement, Tullow Oil est également à l’avant-garde de l’industrie puisque la mise en production du champ de Jubilee au Ghana le 15 décembre dernier, seulement 40 mois après la découverte, constitue un record pour l’offshore profond où des projets similaires menés par les majors se voient concrétiser pas moins de 6 à 8 ans après découverte.

  5. MTM : Quels sont les éléments-clés du « modèle Tullow » ?
    D.R. : La performance de Tullow Oil est rendue possible par une approche différente des joint ventures auxquelles nous participons et au sein desquelles nous tirons le meilleur de l’expertise disponible chez nous, mais également chez nos partenaires. C’est donc à bien des égards que Tullow Oil justifie aujourd’hui son rang de pionnier de l’industrie. Notre bilan est robuste et nos investissements, tant en développement qu’en exploration, sont dans une large mesure couverts par le cash flow. Notre large portefeuille d’exploration tire son équilibre de l’exposition qu’il offre en termes de nouvelles provinces et de nouveaux thèmes géologiques, tout autant qu’en termes de thèmes fondamentaux permettant le maintien du profil de production du groupe. Tout ceci nous permet d’envisager l’avenir sereinement.


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