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Homestrings est une plateforme online basée à Londres qui permet à la diaspora, notamment africaine, d’investir en Afrique aux côtés de bailleurs comme la SFI, le FMI ou Proparco. Tout particulier doté d’une capacité d’investissement d’au moins £ 5 000 (€ 5 800) peut ainsi agir directement sur le développement des infrastructures – et donc de sa région d’origine.
Envoyée spéciale à Washington.
MTM : Nombreux sont ceux qui se sont penchés sur l’épargne de la diaspora sans trouver de véhicule efficace. Comment est née l’idée d’Homestrings ?
Eric Guichard : En 2007, la Banque mondiale a organisé une conférence sur l’engagement de la diaspora africaine dans le développement. Elle avait travaillé sur les transferts, qui représentent des montants énormes ($ 40 milliards/an). Aussitôt les agences de développement se sont focalisées sur les receveurs de ces transferts, pour les inciter à transformer cet argent en investissement productif plutôt qu’à le consommer.
Très vite, nous avons pensé qu’il fallait prendre ces envois par l’autre bout de la lorgnette, et s’intéresser aux émetteurs. Une étude de la George Washington University a confirmé notre hypothèse : ces investisseurs potentiels sont en demande d’un contexte structuré. Ils sont liquides, établis depuis longtemps, et utilisent le web pour rechercher des opportunités. C’est donc là que nous devions être. Homestrings a démarré sur l’Afrique, mais c’est une plateforme globale qui doit être déclinée ailleurs, notamment en Asie, où nous avons commencé avec quelques projets d’infrastructures et agribusiness en Inde et dans les Caraïbes.
MTM : Comment un particulier peut-il investir dans des projets habituellement financés par les institutions ?
E.G. : Effectivement, la SFI, le FMI ou Proparco par exemple ont des véhicules spécifiques de financement du développement. Nous avons monté un cadre juridique qui permet de transformer les capitaux de la diaspora en « argent institutionnel ». Le financement par la diaspora doit avoir un effet de levier pour débureaucratiser le financement du développement, le démocratiser – et en partager les bénéfices. L’intérêt, pour les investisseurs, est à la fois financier et culturel. Aux canaux existants que sont l’aide et l’investissement direct étranger, s’en ajoute un troisième, le DDI (diaspora direct investment). Ce sont surtout des particuliers ou des small family offices gérant un patrimoine familial, mais ne disposant pas des outils pour identifier les opportunités.
MTM : Où se situent les projets financés en Afrique via Homestrings, et avec quels investisseurs ?
E.G. : Principalement en Afrique australe et du Nord, et dans les pays anglophones de la Cedeao. Nous avons également quelques deals en Afrique francophone (dans l’électricité en Guinée, un projet de modernisation du port de Dakar, plutôt sous la forme de PPP). Outre les infrastructures, nous proposons des investissements dans l’immobilier. Et également dans des PME, en atténuant le risque grâce à une mutualisation un peu sur le modèle des tontines.
Quant aux investisseurs, nous en enregistrons actuellement 10 à 15 par jour. Selon la Banque mondiale, la diaspora africaine représente 23 millions de personnes. Si vous retirez les réfugiés, vous tombez à 15 millions. C’est un marché de $ 37 milliards par an.
Cette diaspora est globalement proportionnellement segmentée par rapport à la population du pays d’origine : la diaspora nigériane est la plus importante par exemple. Ensuite, elle est différente selon les pays d’accueil. Par exemple les Africains installés en Grande-Bretagne sont plus riches (dans une monnaie forte), dans un contexte de reprise plus rapide, travaillent beaucoup dans la finance, sont souvent nigérians ou ghanéens. En France, c’est un groupe plus structuré, plus conservateur, moins riche et moins intéressé au risque. Nous avons ainsi en base plus de 20 000 professionnels issus de la diaspora africaine.