STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


ENERGIES
Hydrocarbures

Afrique de l’Est : la nouvelle frontière des hydrocarbures

 

Si l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest demeurent le terrain privilégié des compagnies pétrolières, les récentes découvertes gazières dans l’offshore mozambicain, les explorations en Tanzanie et au Kenya ou les réserves de pétrole prouvées du lac Albert ouvrent un nouveau front à l’est du continent.

Tous les analystes du secteur sont unanimes. « L’intérêt pour le pétrole est-africain est énorme. La totalité de la zone motive des juniors ou des compagnies intermédiaires et, de fait, il y a longtemps qu’autant de sociétés pétrolières n’avaient pas été si actives dans l’exploration de toute une région », résume Tara O’Connor, directrice générale d’Afrika Risk Consulting dans une déclaration recueillie par l’agence Reuters.

En matière d’hydrocarbures, l’Afrique de l’Ouest est encore sans conteste la région phare du continent. On y trouve les deux plus gros producteurs d’Afrique, le Nigeria et l’Angola, qui combinent à eux deux une production d’environ 4 millions de barils par jour. L’Afrique du Nord tire également son épingle du jeu grâce à l’Algérie, la Libye et l’Égypte qui fournissent à l’Europe la plupart du brut qu’elles produisent. Pourtant, si les experts s’accordent à dire qu’il y a encore d’importantes réserves qui restent à prospecter dans l’offshore ouest-africain, tous les regards se tournent désormais vers l’est du continent qui, découverte après découverte, laisse penser qu’il pourrait devenir le nouvel eldorado pétrolier du continent.

Un réservoir sous-exploré

En marge de la 18e édition de l’Africa Oil Week qui s’est tenue au Cap du 31 octobre au 4 novembre, Michael Blaha, le directeur général de la compagnie pétrolière britannique Cove Energy qui détient des actifs au Kenya, en Tanzanie et au Mozambique, a rappelé que considérer l’Afrique de l’Est comme « une zone largement sous-explorée » était « un euphémisme ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 15 000 puits ont été forés jusqu’à présent en Afrique de l’Ouest et 30 000 autres en Afrique du Nord et centrale. L’Afrique de l’Est n’a pour l’instant fait l’objet que de… 500 forages.

Jusqu’à présent, les raisons de ce relatif désintérêt de la zone est-africaine de la part des compagnies pétrolières sont essentiellement au nombre de deux. La première est liée à la frilosité des majors sur qui ont préféré se concentrer sur les champs matures qu’elles opèrent sur le versant ouest du continent plutôt que de se lancer dans de nouvelles explorations dans des régions au potentiel incertain. La seconde est d’ordre purement géologique. Alors que des découvertes de 2009 dans le bassin sédimentaire de la vallée du Rift mettaient en lumière la présence certaine d’hydrocarbures dans la région, la succession de plusieurs forages infructueux au large des côtes est-africaines a conduit les experts à considérer l’Afrique de l’Est comme un réservoir plutôt maigre. Les récentes découvertes ont depuis prouvé le contraire

Du gaz en attendant le pétrole

Après la découverte de gaz dans l’offshore tanzanien, celle effectuée en 2010 par l’américaine Anadarko d’un gisement gazier dans le bassin de Rovuma au large du Mozambique, bientôt suivie par d’autres dans des zones adjacentes (puits de Barquentine et Ironclad opérés par Clove), ont sérieusement augmenté l’intérêt de toute la zone. Depuis, Total a annoncé le 21 septembre une prise de participation de 40 % dans cinq permis offshore du bassin de Lamu au Kenya, parallèlement à ses activités d’exploration déjà lancées en Tanzanie. Plus récemment, la compagnie italienne Eni a rehaussé le potentiel de son permis Mamba, situé dans la zone 4 de l’offshore mozambicain, qui atteint désormais 637,5 milliards de mètres cubes de gaz. Conjointement aux autres, cette découverte, la plus importante de l’histoire, devrait propulser très prochainement l’Afrique de l’Est dans la cour des grands acteurs mondiaux du marché du gaz.

La grande expectative concerne désormais le pétrole. Si la présence de gaz en énormes quantités n’est plus à prouver, le brut demeure la grande inconnue. Mike Rego, le directeur exploration de la compagnie britannique Aminex qui opère en Tanzanie estime que si « aucune découverte de pétrole commercialisable n’a été faite pour le moment », pour autant « les indices de sa présence ne cessent de se multiplier ».

Nouvelle zone, nouveaux risques

Objet d’un focus spécifique lors de l’Africa Oil Week, l’Afrique de l’Est comme « nouvelle frontière » des produits pétroliers sur le continent soulève cependant l’épineuse question de la gestion des risques en tout genre. T. O’Connor rappelle ainsi que, dans cette région, « les gouvernements n’ont pas l’expérience du secteur pétrolier comme ceux des pays concernés d’Afrique de l’Ouest » et que les énormes attentes que soulèvent ces découvertes au sein des populations « risquent d’aboutir à d’aussi grandes désillusions » avec les conséquences politiques qui en découlent.

Robert Besseling, révèle de son côté au site sud-africain Independent Online que « les risques majeurs auxquels les investisseurs devront faire face dans la région sont liés à la corruption qui sévit au Kenya et en Tanzanie, à la fiscalité arbitraire mise en place en Ouganda et à la piraterie qui écume les eaux de l’océan Indien »


Du même auteur :