STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


RESSOURCES MINIERES
Diamants

De Beers passe de Johannesburg à Londres

 

L’un des plus célèbres groupes sud-africains, le conglomérat du diamant De Beers, vient de passer aux mains de la société britannique Anglo-American après la vente de 40 % des actions détenues jusque-là par la famille Oppenheimer.

C’est un symbole qui vient de changer de main. Le groupe spécialisé dans l’extraction et la vente de diamants De Beers n’est officiellement plus sud-africain après la vente des 40 % de parts que détenait la famille la plus riche du pays, les Oppenheimer, au géant minier britannique Anglo-American. Ce dernier prend donc le contrôle absolu de la société en portant sa participation à 85 %, ou au pire à 75 % si le Botswana qui détient les 15 % restants décide de faire valoir son droit de préemption qui l’autorise à se hisser à hauteur de 25 %.

L’actuel président de De Beers jusqu’à son remplacement, Nicky Oppenheimer, dont le grand-père Ernest avait racheté en 1927 cette société fondée en 1888 à Kimberley, a expliqué à la presse sud-africaine la raison de cette vente approuvée par le conseil de l’empire familial. D’après lui, c’est « après avoir pris en considération l’offre émise par Anglo-American et réfléchi aux intérêts de la famille que nous avons unanimement décidé d’accepter ». Il faut dire que le poids lourd de l’industrie minière coté à Londres a mis sur la table $ 5,1 milliards.

Marché volatil et nationalisation

Difficile de croire que le « clan Oppenheimer » qui représente, avec $ 6,5 milliards, la deuxième fortune continentale derrière le Nigérian Ali Dangote, soit mû par de simples considérations pécuniaires. Les analystes pensent pourtant qu’il ne faut pas écarter la possibilité d’un retrait stratégique d’un marché devenu volatil et plus risqué. Lors de la crise de 2008/09 qui a vu les cours du diamant s’effondrer, De Beers a sévèrement réduit sa production et arrêté provisoirement de payer des dividendes à ses actionnaires, qui ont même dû réinjecter $ 500 millions, dont $ 200 millions pour les seuls Oppenheimer. La probabilité que cette situation se reproduise, associée à des prix du diamant brut au plus bas depuis quelques mois, semblent avoir motivé la décision de ce retrait total.

L’autre raison à laquelle tout le monde pense relève de la situation politico-économique et de la menace de nationalisation qui pèse sur les sociétés minières. Même si une partie de l’ANC, président de la République et ministre du Commerce en tête, pense que cette loi serait contre-productive, la pression en sa faveur provenant de l’aile radicale du parti au pouvoir emmenée par Julius Malema est bien réelle. Un document de travail a d’ailleurs été présenté le 28 novembre au Comité exécutif de l’ANC et le rapport complet devrait être bouclé d’ici la fin de l’année. Dans ce contexte de grande incertitude, la « globalisation » de De Beers devrait renforcer sa capacité de résistance et de négociation.


Du même auteur :