STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


POLITIQUE
Conflits sociaux

«Occupy Nigeria»

 
Station-essence au Nigeria
Une grève générale a été lancée au Nigeria pour protester contre la suppression des subventions sur les carburants. Photo: Marie-Odile Azaïs

Le Nigeria entre dans son 3e jour de grève générale. Un mouvement pour protester contre le doublement du prix de l’essence, suite à la suppression des subventions sur les carburants.

« Occupy Nigeria » est le slogan d’un groupe d’activistes qui - s’inspirant des révolutions arabes et des récents mouvements sociaux occidentaux - prône une action de masse non violente contre le gouvernement fédéral. Il est devenu le mot d’ordre de la protestation quasi unanime dans le pays contre la suppression des subventions sur les carburants qui fait passer le litre d’essence de 65 nairas à 141 nairas du jour au lendemain (€ 31 centimes à 68 centimes).

Premier test face à la rue pour le président élu en avril dernier

L’appel à la grève générale lancé par deux grands syndicats, le Labour Trade Union et le Trade Union Congress, largement suivi a plongé le pays dans l’immobilité : fermeture des banques, des stations-services, de nombreux commerces, annulation des vols locaux et retard des vols internationaux, service minimum dans les hôpitaux… La contestation s’exprime dans toutes les grandes villes et est largement soutenue par les intellectuels, Wole Soyinka, prix Nobel de littérature et Chinuwa Achebe, écrivain internationalement reconnu, ainsi que par la diaspora nigériane en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Refusant de faire machine arrière, le président Goodluck Jonathan, soutenu seulement par son gouvernement et les économistes ainsi que par quelques organisations marginales, annonce des mesures destinées à « faire passer la pilule » plus facilement : mise en service de bus neufs dont plus d’une centaine à Abuja et réduction des coûts de gouvernance, notamment des émoluments de certains fonctionnaires de 25 %. La population peine cependant à se laisser convaincre que les $ 8 milliards d’économies réalisées seront réinjectées dans les infrastructures qui rendront le pays compétitif et réduiront la pauvreté. Pour la majorité, le transport est l’un des postes de consommation les plus importants. De plus, la répercussion de la hausse du coût de l’essence sur le prix des autres produits ne tardera pas à se faire sentir et pénalisera les plus pauvres.

L’enjeu pour l’économie nigériane

Il est de taille. La compétitivité passe par la vérité des prix et la lutte contre la corruption potentielle attachée à l’octroi des licences d’importation et à la distribution des subventions aux importateurs. De l’issue de ce bras de fer dépend la capacité du Nigeria à s’insérer dans une économie mondiale concurrentielle.

 


Du même auteur :