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AGRI & AGROALIMENTAIRE
Agrocarburants

Controverse: agrocarburants versus alimentation

 

En matière d’agrocarburant, du choix des plantes et des terres à cultiver, une étude au cas par cas doit être privilégiée.

Prenant l'exemple du Burkina Faso, la publication « Perspective »(1), éditée par le Cirad, pose la question de l'opportunité de produire des agrocarburants dans un pays confronté à une double insécurité alimentaire et énergétique. Seulement 15 % des zones urbaines et moins de 1 % des zones rurales sont électrifiées. Les auteurs se sont concentrés sur la production des huiles végétales brutes, plus opportune dans le contexte du pays. Ces huiles végétales sont obtenues à partir des plantes oléagineuses et de technologies simples, accessibles de l'échelle du village, mais aussi à l'échelle industrielle. Elles sont prioritairement destinées aux moteurs diesel statiques (groupes électrogènes, moulins, motopompes...).

L'utilisation d’agrocarburants dans une filière courte de production agricole est la plus intéressante. « Ce modèle peut favoriser le développement local, améliorer les conditions de vie, des populations, créer des richesses grâce à l'utilisation d'énergie mécanique et électrique et une entreprise de services énergétiques pour les micro-activités économiques », soulignent les auteurs. Plus facile à mettre en œuvre, sur le plan technique, sans toutefois oublier les problèmes de qualité de l'huile obtenue dans les petites unités de traitement.

Sécurité alimentaire

Les huiles végétales brutes peuvent aussi être substituées aux hydrocarbures importés dans les centrales thermiques. « Ce modèle peut être mis rapidement en œuvre, il utilise tous les types d'oléagineux et il est adapté à des niveaux d'approvisionnement variables dans la mesure où il peut être complété par des produits pétroliers », expliquent les auteurs.

Même adapté au contexte, le développement des agrocarburants n'est pas pour autant sans risque pour la sécurité alimentaire : concurrence des débouchés (notamment par rapport aux huiles alimentaires), transmission des prix internationaux aux prix nationaux, compétition pour l'accès aux ressources : les terres mais aussi l'eau, le capital et le travail.

Pour autant, sécurité alimentaire ne s'oppose pas forcément à sécurité énergétique. « Un engagement des sociétés nationales d’électricité et de distribution des hydrocarbures à sécuriser les débouchés en rachetant les huiles végétales à un prix plancher fixé par les autorités nationales serait incitatif pour les producteurs d'oléagineux ». Et si les agrocarburants ont joué un rôle dans l'augmentation des prix des biens alimentaires en 2007/08, dans le cas du Burkina, le marché des céréales demeure peu intégré au marché international.

L'usage du foncier

Il faut environ 15 hectares de jatropha pour subvenir aux besoins énergétiques d'une commune rurale de 2 500 habitants qui possède une plateforme multifonctionnelle. Pour remplacer 30 % du gazoil dans les centrales thermiques de la société nationale il faudrait allouer 6 % des terres arables du pays. Là se pose le problème du foncier, de l'utilisation des terres pour d'autres usages (cueillette, bois de chauffe...) mais aussi, la prise en compte de la croissance de la demande alimentaire sous l'effet de la croissance démographique. « L'attention doit être portée au cas par cas au choix des plantes, des techniques et des modes d'exploitations de façon à limiter la concurrence avec les cultures vivrières », préconisent les auteurs.

À la question « faut-il choisir entre agrocarburant et alimentation ? », « La réponse est propre à chaque pays, rétorquent-ils. Les conditions à respecter sont nombreuses pour que les avantages des agrocarburants l'emportent sur les inconvénients », insistent-ils. Il s'agit notamment de privilégier l'usage domestique, plutôt que l'exportation, appuyer les systèmes décentralisés, réguler le marché de l'huile alimentaire, privilégier les projets impliquant l'agriculture familiale plutôt que l'agrobusiness.

 

(1) Perspective n°8, « Alimentation ou agrocarburant, faut-il choisir ? », mai 2011, édité par le Cirad (mais ne présente pas une position institutionnelle).

Marie-Hélène Dabat (chercheur Cirad) et Joël Blin (chercheur Cirad et responsable laboratoire biomasse énergie et biocarburants, 2iE).


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