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La Côte d'Ivoire plongée dans la confusion

 
Côte d'Ivoire, dans l'attente des résultats de la présidentielle
Le Conseil constitutionnel rejette l'annonce de la Commission électorale, donnant Ouattara vainqueur. Photo: Felix Krohn

L’annonce de la Commission électorale ivoirienne donnant Alassane Ouattara vainqueur de l’élection présidentielle (54,1 %) le 1er décembre a été immédiatement rejetée par le Conseil constitutionnel.

Calme précaire à Abidjan. Et toujours pas de vainqueur à l’élection présidentielle dont le 2e tour s’est déroulé le 28 novembre. La tension est montée encore d’un cran et l’incertitude règne. À peine la Commission électorale ivoirienne (CEI) a-t-elle donné, en fin de journée, le 2 décembre, Alassane Ouattara vainqueur de la présidentielle face à Laurent Gbagbo avec plus de 54 % des voix, l’annonce a été rejeté par le Conseil constitutionnel.

Dans la foulée, l’armée a fermé les frontières et la diffusion des chaînes de télévision et de radios d'informations étrangères a été suspendue, afin de « de maintenir la paix sociale fortement ébranlée » dans le pays, explique le Conseil national de la communication audiovisuelle.

L’annonce de la CEI a été faite par son président Youssouf Bakayoko depuis l'hôtel du Golf d'Abidjan, un hôtel sécurisé par l'Onu et également lieu de résidence depuis plusieurs jours du Premier ministre Guillaume Soro et d’Alassane Ouattara. Immédiatement après son intervention, Youssouf Bakayoko a été évacué vers l'aéroport international, sous la protection de pas moins de 140 Casques bleus, pour être mis en lieu sûr ou évacué, selon le journal Libération.

Pour sa part, le Conseil constitutionnel, qui a la charge de proclamer les résultats définitifs, invoque pour expliquer le rejet des résultats proclamés par la CEI l’incapacité de ses membres à se mettre d'accord et à annoncer les résultats avant le délai imparti par la loi, qui se terminait le mercredi 1er décembre à minuit.

Faut-il alors rappeler l’épisode rocambolesque où le représentant de la Commission électorale Bamba Yacouba a été, le 1er décembre, empêché physiquement de donner les résultats provisoires par un des représentants de Laurent Gbagbo, qui lui a arraché la feuille des résultats devant les caméras de télévisions, les images ayant fait le tour du monde. Pascal Affi N'Guessan, le porte-parole du président sortant, avait alors annoncé le dépôt d'un recours et averti qu'« au niveau du Conseil constitutionnel tout était encore possible ».

Paul Yao N’Dré, président du Conseil constitutionnel, proche de Laurent Gbagbo, a précisé que le Conseil constitutionnel doit statuer sur les requêtes pour « donner les résultats définitifs du second tour » dans « les heures qui suivent ». Pascal Affi N'Guessan avait déjà affirmé que les électeurs avaient été empêché de voter dans plusieurs régions, notamment dans le Nord.

Dans sa première déclaration après l'annonce des résultats, A. Ouattara a fait part de sa « pensée pour toutes les victimes de [la] longue crise » qui déchire le pays depuis une décennie. Il a expliqué que son premier objectif serait de « rassembler la nation autour des valeurs de paix, de pardon, de réconciliation et d'union ». Il a aussi promis de former « un gouvernement d'union » rassemblant notamment les « différentes forces politiques ».

Les tensions post-électorales risquent de s’étendre. Plusieurs faits graves sont déjà à déplorer. En fin d'après-midi, ce 2 décembre dans les quartiers d'Adjamé et d'Abobo d’Abidjan, des affrontements ont éclaté entre partisans des deux camps. Mais surtout, le 1er dans la nuit, et malgré l’instauration du couvre-feu, un bureau de campagne d’Alassane Ouattara dans le quartier de Youpougon a été attaqué, causant la mort de plusieurs personnes, entre 4 et 8, selon les sources. Le lendemain, c’était un bureau de Laurent Gbagbo qui a été la cible d’attaques faisant deux blessés.

Appel de la communauté internationale

Les quinze pays du Conseil de sécurité de l'Onu ont réaffirmé « leur volonté de prendre les mesures appropriées contre ceux qui entravent le processus électoral et en particulier le travail de la CEI », a indiqué Susan Rice, la présidente en exercice du Conseil de sécurité.

Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a également averti qu'il « surveillait » la situation en Côte d'Ivoire. La Maison Blanche a appelé jeudi soir « toutes les parties » à respecter les résultats, mettant en garde contre toute « obstruction » du processus électoral.

Nicolas Sarkozy demande aux dirigeants et responsables ivoiriens de permettre l'achèvement rapide et « dans un climat apaisé » du processus électoral présidentiel en Côte d'Ivoire, a indiqué le 1er au soir un communiqué de l'Élysée. « Il appartient désormais au Conseil constitutionnel de proclamer les résultats définitifs dans le strict respect de la volonté clairement exprimée par le peuple ivoirien. La certification des résultats par le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en dépend », ajoute la déclaration de l'Élysée.


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