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Cameroun: le site industriel de l’ex-Cellucam renaît enfin de ses cendres

 
Une forêt au Cameroun.
À Édéa, la forêt camerounaise voit le retour d'une activité industrielle suspendue depuis le milieu des années 1980. Photo : laurent KB

L’un des plus emblématiques « éléphants blancs » d’Afrique sort de 24 ans de liquidation : le site industriel de l’usine de pâte à papier Cellucam a trouvé un repreneur dans le groupe italien Comefin, qui projette d’y installer un technopole industriel ambitieux.

Le site industriel de l’ancienne usine Cellucam (Cellulose du Cameroun, usine de pâte à papier), laissé à l’abandon depuis 1986, sera bientôt réhabilité grâce à l’arrivée d’un investisseur italien, le groupe Comefin.

C’est le ministre camerounais de l’Industrie, des mines et du développement technologique Badel Ndanga Ndinga, qui a annoncé publiquement fin avril le démarrage prochain de ce projet, dans les cartons depuis 2008.

Il s’agit pour l’État camerounais de confier la réhabilitation du site abandonné au groupe italien, qui s’engage à implanter un technopole à la place de cet ancien site industriel situé à Édéa, ville moyenne située à mi-chemin entre Yaoundé, la capitale, et Douala, le grand port du pays, en bordure de ligne ferroviaire du transcamerounais comme du fleuve Sanaga.

Après le papier, la biomasse

Le groupe italien repreneur du site compte y produire de l’énergie électrique à partir de la biomasse, les matières organiques récoltées sur place, mais également exploiter les ressources de bois de façon plus traditionnelle, en produisant des copeaux et pellets de bois et des produits semi-finis pour la construction de meubles.

Une activité de maintenance industrielle et de location de véhicules et engins lourds est également prévue sur le site, dans cette ville à l’emplacement stratégique.

L’État camerounais avait lui-même été le promoteur du site de l’usine Cellucam, qui lui avait coûté cher dans le budget national, avant que l’entreprise, inaugurée en 1981, construite par une entreprise autrichienne, ne ferme finalement en 1982. Plusieurs tentatives de reprises se sont ensuite succédé, en vain.

FCFA 3,5 milliards investis parles Italiens

Le directeur exécutif de Comefin, Paolo Marthelli, a estimé à FCFA 3,5 milliards l’investissement nécessaire auquel devront conjointement consentir Comefin, le ministère camerounais des Finances, la Société nationale d’investissement et la Communauté urbaine d’Édéa.

Par ailleurs, l’État camerounais transfert les 100 000 hectares de concession forestière du site à une joint-venture camerouno-italienne, Edéa Technopole Services Corporation (Edeatech). L’entreprise, détenue à 35 % par des entreprises publiques camerounaises et à 65 % par l’italien Comefin, est tenue à un engagement relativement vague au regard d’une telle superficie, à savoir couper et reboiser 800 hectares de forêts pendant 15 ans ; dans le même temps, elle hérite du régime de zone franche industrielle attribué à cette concession.

Mais au-delà du devenir écologique du site de l’ex-Cellucam, c’est surtout la dimension sociale de ce fiasco industriel qui préoccupe les esprits au Cameroun. Les travaux du site sont déjà entamés, et la seconde vie annoncée pour le site industriel suscite déjà des espoirs parmi les riverains et ex-salariés, au point que la presse camerounaise s’interroge sur le règlement de la dette sociale laissée par Cellucam, estimée elle-aussi à FCFA 3,5 milliards (€ 5 millions).


Un enjeu social crucial

Le site de l’ex-Cellucam est resté dans les mémoires comme celui d’un échec cuisant pour l’industrie camerounaise. Considéré comme l’un des pires éléphants blancs d’Afrique, ce projet industriel pharaonique a coûté près de FCFA 120 milliards (€ 180 000 000), et a fermé en 1982, à peine plus d’un an après son inauguration.

Employant alors 2 000 salariés, l’usine ne s’est pas remis d’explosions mystérieuses l’ayant sérieusement endommagé avant même qu’elle n’ait commencé à produire. Plusieurs repreneurs se sont succédé, sans succès.

Le sort des salariés préoccupe encore vivement la presse et les blogs camerounais, parmi lesquels circule le chiffre de FCFA 3,5 milliards de dette sociale. Un chiffre revu à la baisse par le ministre Badel Ndanga Ndinga, dans une interview accordée au site Mutations, pour qui « reste à régler la question cruciale de la dette sociale estimée à FCFA 1,1 milliard constituée des arriérés de salaire des ex-employés de Cppc (Cameroon Pulp & Paper Company, entreprise publique repreneur du personnel de Cellucam, NDLR) pour laquelle l'État est en train de trouver une solution ».


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