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Chrafat, future ville à proximité de Tanger, doit tendre vers l’objectif zéro émission de gaz à effet de serre. Mais ce n’est pas tout. Pour éviter le phénomène ville-dortoir, Chrafat mise sur la mixité sociale et la mixité des activités. Un projet exemplaire, levier pour toute une filière.
Elle devrait sortir de terre pour 2012. Les travaux de terrassement viennent de débuter. Située à 18 km au sud de Tanger, tout près de la future usine Renault, cette ville nouvelle prévoit d’accueillir 150 000 habitants dans 30 000 logements à l’horizon 2020. Au total, ce projet emblématique aura nécessité un investissement d’environ € 2,1 milliards pour ses 1 300 hectares dont 300 ha dédiés à des lots industriels et 166 ha aux espaces verts, et bénéficiera d’un technopark, d’un établissement d’enseignement supérieur et d’une bibliothèque. En plus de l’usine Renault, Chrafat verra s’implanter la Tanger Automotive City, qui doit abriter plusieurs dizaines de sous-traitants.
Objectif : zéro GES
Grâce à un financement du Fasep (Fonds d’études et d’aide au secteur privé) de € 520 000, Al Omrane (société d’aménagement) et l’Adere (Agence marocaine pour le développement des énergies renouvelables) ont fait appel à deux PME françaises, H3C Énergies (bureau d’étude) et AI (pour Automatique et industrie), pour réaliser une étude et prendre en charge le volet énergétique du projet. « L’objectif est de tendre vers zéro émission de gaz à effet de serre. À la fois en produisant des énergies propres et en réduisant la consommation », explique Pascal Mioche, président d’AI. Leur rôle, au-delà de la réalisation de l’étude, est de faire pression sur les cahiers des charges pour arriver au meilleur compromis entre les coûts et l’objectif de minimiser la consommation énergétique des futurs bâtiments, pour tendre vers un bilan énergétique nul. « Il y a tout de même des contraintes budgétaires », précise P. Mioche.
Quoi qu’il en soit, d’après les parties prenantes au projet, la volonté politique est de mise. « Dans un pays comme le Maroc, qui importe près de 95 % de son énergie, pas de consommation c’est quasiment une nouvelle ressource », analyse le dirigeant d’AI. Opération de communication du royaume ? Pascal Mioche n’y croit pas. « C’est vrai que le discours sur l’environnement n’est pas nouveau. Mais il y avait au Maroc un manque de connaissance sur ces questions de la part des opérateurs et même des populations. Ça a donc créé une résistance. Maintenant, les choses s’accélèrent à mesure que la pression énergétique monte. »
Mise à niveau de l’ensemble de la filière
Dotée d’une charte architecturale qui permettra de limiter l'éclatement du tissu urbain et d’harmoniser les différents types de constructions (l'auto-construction, les chantiers menés par Al Omrane et ceux lancés en partenariat avec le secteur privé), Chrafat bénéficie déjà de l'expérience des villes nouvelles de Tamesna près de Rabat et de Tamansourt près de Marrakech. Car au-delà de ces « expériences », dans la lignée de BedZed en Grande-Bretagne ou de Fribourg en Allemagne, l’idée est de mettre en place une véritable filière marocaine qui pourrait s’approprier les méthodes et les technologies. Les deux PME se sont donc engagées à collecter les informations et les retours d’expérience pour les transmettre notamment aux écoles d’ingénieurs et d’architectes marocaines.
AI travaille également au sud du Sahara, notamment au Bénin, au Sénégal, au Mali et au Nigeria. « C’est vrai qu’il y a une nette avance du Maroc et de la Tunisie sur la question des villes. Mais l’Afrique subsaharienne bouge aussi beaucoup, même si la préoccupation est plus récente ». Pascal Mioche est optimiste quand à l’avenir urbanistique du continent africain : « Il y a en Afrique une qualité d’écoute au moins aussi bonne qu’en Europe. Avec beaucoup de curiosité et moins de certitudes. Ils vont peut-être bien nous dépasser ».
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