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Crise alimentaire au Sahel

 
Le bétail souffre du manque de pluies, d'où un secteur pastoral durement frappé et une transmission de la crise alimentaire.
Le Sahel traverse une grave crise alimentaire. Photo : Johanne la photographe

Une grave crise alimentaire s’abat sur le Sahel. Devant l’ampleur du problème, l’organisation non gouvernementale Oxfam tire la sonnette d’alarme : 10 millions de personnes risquent la famine.

Une grave crise alimentaire ronge le Tchad, le Mali, le Niger, le nord du Nigeria, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Sahel en général. 7,1 millions de personnes sont en insécurité alimentaire au Niger, 2 millions au Tchad et 600 000 au Mali, selon l’organisation non gouvernementale britannique Oxfam qui officie sur place. Le Français Gilles Marion, directeur d’Oxfam au Mali participait à une conférence de presse vendredi 9 juillet à Dakar pour sonner l'alerte :

« La situation déjà extrêmement alarmante va forcément devenir désastreuse et les familles sont déjà passées à un repas par jour. On voit des femmes partir toute la journée à la recherche de plantes sauvages ».

Travaillant au Tchad, la Franco-Guinéenne Manthilde Kamara, conseillère en sécurité alimentaire, renchérissait :

« Les populations vulnérables ont adopté différentes stratégies de survie pour accéder à la nourriture : vente d’animaux, exode massif vers les centres urbains ou à l’étranger, réduction du nombre de repas ».

Au Niger, plus de 16 % des enfants de moins de 5 ans souffriraient de malnutrition aigüe, a rapporté quant à lui le Britannique Alexandros Yiannopoulos, intervenant d’Oxfam dans ce pays. Partout, les experts d’Oxfam ont vu le même scénario : d’abord une crise pastorale qui s’est transformée en crise économique, pour devenir ensuite une crise alimentaire. En septembre 2009, la faiblesse des pluies, tardives et mal réparties, a été l’élément déclencheur « Quand les pâturages n’ont pas été régénérés dès décembre-janvier, les animaux ont souffert dans le nord du Mali. 40 % du cheptel a été décimé », a constaté M. Marion. Manthilde Kamara établit la même relation : une faible pluviométrie, une production agricole et fourragère en baisse et des prix des céréales qui grimpent.

La faible pluviométrie en 2009 au Tchad a entraîné un déficit agricole de 400 000 tonnes. Au Niger, les récoltes de céréales ont chuté de 30 % et les pâturages sont de 60 % inférieurs aux besoins. Au Tchad, les récoltes ont chuté de 34 %. Globalement, les récoltes ont chuté de 9 % au Sahel. A long terme, estime Raphaël Sindaye, directeur régional adjoint d’Oxfam, « la priorité numéro 1, c’est l’augmentation des investissements dans l’agriculture », car selon les spécialistes, le manque de pluies n’est pas la cause de la crise alimentaire au Sahel mais plutôt le facteur déclencheur de la crise. La véritable cause de la crise est d’ordre structurel. Il s’agit « de la capacité de production de ces pays. Il faut augmenter les investissements dans l’agriculture. Cela demande une volonté politique et une bonne organisation », explique R. Sindaye.

Oxfam appelle les bailleurs de fonds internationaux, les agences onusiennes et les ONG à augmenter leur aide. « L’urgence aujourd’hui, c’est d’aider les populations à avoir accès aux aliments », insiste M. Marion. Car le mois de juillet est la période dite de « soudure », la plus difficile. Les prochaines récoltes ayant lieu en automne, la nourriture va cruellement manquer.

Au Niger, Oxfam a déjà distribué des bons pour l’achat de nourriture ou d’autres produits de première nécessité. Mais l’ONG s’emploie aussi à fournir du fourrage pour les animaux et à racheter du bétail.

En outre, l’aide a déjà pris beaucoup de retard. Les retards de financement ont entraîné des achats et une distribution tardifs de nourriture dans les zones affectées. R. Sindaye alerte les gouvernants et la communauté internationale sur l’ampleur du problème : « Les yeux du monde ont du mal à percevoir cette crise », a-t-il affirmé. D’après lui, « il faut environ FCFA 14 milliards pour atteindre à peu près quelques 800 000 bénéficiaires au Tchad, au Niger et au Mali ». Le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence onusienne, a annoncé le 2 juillet qu’il prévoyait d’augmenter le nombre de bénéficiaires de 2 à 4,5 millions au Niger en raison des nouvelles données inquiétantes sur la malnutrition. Au Tchad, où le PAM a besoin de € 15,7 millions, les distributions de nourriture ne sont planifiées que pour 2 mois. Pour le Tchad, il manque encore € 55 millions d’euros que les bailleurs de fonds ne se décident pas à débloquer.


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