![]() |
POLITIQUE | |
| Démocratie/Gouvernance |
La transition démocratique qui doit conduire à une restitution du pouvoir aux civils, menée par l'armée, est entamée en Égypte. Mais les acteurs de cette révolution restent vigilants.
Depuis le départ d’Hosni Moubarak, le 11 février, l’Égypte tente de se remettre en marche. L’armée a pris les rênes du pouvoir et nommé une commission pour réviser la Constitution. Elle « doit finir de travailler au plus tard dans dix jours », selon un communiqué officiel daté d’hier. « Nous allons réviser la Constitution pour en retirer toutes les restrictions et obstacles et pour répondre aux aspirations de la révolution et du peuple », a déclaré à l'AFP l'un des membres de cette commission, Sobhi Saleh, avocat et ancien député des Frères musulmans.
La commission est chargée d'amender les articles 76, 77, 88, 93 et 189 ainsi que d'annuler l'article 179. L'article 76 porte sur les conditions très restrictives de candidature à l'élection présidentielle, l'article 77 ne fixe aucune limite au nombre de mandats présidentiels et l'article 88 définit le mode de supervision des élections. L'article 93 limite les possibilités de recours après des élections législatives et l'article 179, qui sera abrogé, permet au président d'ordonner que des civils accusés de terrorisme soient traduits devant un tribunal militaire. L'article 189 stipule enfin que seuls le président de la République et le président du Parlement peuvent proposer des amendements constitutionnels.
« C’est maintenant que ça commence »
Les militaires ont également voulu rassurer sur leurs intentions. « Le Conseil affirme qu'il ne recherche pas le pouvoir, que la situation actuelle a été imposée aux forces armées, et que, d'autre part, les militaires ont la confiance du peuple », a précisé le communiqué.
Nombre d’observateurs s’interrogent effectivement sur le devenir de cette révolution. Alors que l’armée a pris le pouvoir suite aux mouvements populaires qui ont secoué le pays, des jeunes militants ont confié : « C’est maintenant que ça commence ». Ces derniers craignent en effet de se faire « voler » la révolution par l’armée égyptienne et réclament au plus vite une restitution du pouvoir aux civils.
« Le problème, aujourd’hui, est le manque de visibilité sur les acteurs qui seraient à même de porter une transition vers une démocratie civile », explique Simon Hebbo, consultant en gestion des risques. « Au niveau économique, il n’y a pas de recette miracle qui pourrait améliorer la situation du jour au lendemain. À court terme, la situation sera donc égale voire pire qu’avant. À moyen terme, s’il y a plus de liberté d’investissement, cela devrait être bénéfique pour le pays. À condition que la stabilité politique soit de mise », analyse-t-il.
La communauté copte d'Égypte a déjà fait savoir qu'elle n'appréciait pas de ne pas être représentée au sein de la commission, contrairement aux Frères musulmans. « Des millions de Coptes s'opposent à la commission formée par le conseil suprême des forces armées », a affirmé dans un communiqué Naguib Guebraïl, président de l'Union égyptienne pour les droits de l'Homme.
L’Égypte a une économie ouverte qui encourage les investissements étrangers mais ces derniers sont souvent freinés par le degré élevé de corruption dans les affaires. « Et ce à tous les échelons de l’administration, locaux comme nationaux », précise Simon Hebbo. Les intentions d’investissements en Égypte ne semblent pas remises en question pour le moment. Simplement en suspens.