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En Afrique, bien des économies dépendent de l'État libyen

 
Station essence OiLybia à Dakar
Libya Oil possède 1 250 stations-service dans une vingtaine de pays africains. Photo: Sylvie Rantrua

À l’heure où le régime du colonel Kadhafi vacille sous la pression de la communauté internationale, la grande majorité des pays africains reste plutôt discrète sur la question de l’éviction du guide. Et pour cause, l'économie de la plupart des pays du continent dépend de l'État libyen. Les entreprises africaines retiennent leur souffle.

Le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal... et c'est tout. Ils sont trois pays sur l'ensemble du continent à avoir condamné la répression menée en Libye par le colonel Kadhafi ; quant à l’Union africaine, elle s'est à peine prononcée sur le sujet, sinon pour signifier qu'elle n'était ni contre les rebelles ni contre le régime... avant de nommer un comité ad hoc de haut niveau sur la Libye composé de cinq chefs d’État (Mauritanie, Congo, Mali, Afrique du Sud et Ouganda) et du président de la Commission de l’UA, le Gabonais Jean Ping. Selon l’UA, ce comité doit « urgemment » se mettre au travail pour faciliter un dialogue inclusif entre les parties en Libye.

Une discrétion et une absence de condamnation qui peuvent choquer, mais qui s’expliquent aussi aisément. Des centaines d'entreprises réparties sur 25 pays du continent profitent aujourd'hui de près ou de loin des pétrodollars libyens investis ces dix dernières années. Parmi les secteurs les plus représentés on trouve le tourisme et l’immobilier (60 % des investissements actuels), l’agriculture, le secteur forestier, l’industrie, le commerce (avec en particulier Oil Libya, présente dans plus de 20 pays) et le secteur minier. Or, avec la crise libyenne actuelle, c'est le spectre de la faillite qui plane au dessus de ces entreprises.

Laaico : bras financier de Kadhafi en Afrique

Parmi les nombreuses structures financières libyennes à l’étranger, un nom est à retenir pour l'Afrique : la Laaico (Libya Arab Africa Investment Company). A l’occasion d’une rencontre d’affaires organisée à Paris en octobre 2010 réunissant les entreprises françaises et les fonds libyens, Salem Serkik, directeur général adjoint de la Laaico, avait donné dans nos colonnes des chiffres pour le moins parlants : entre 1991 et 2008, les investissements de son organisme seraient passés de $ 25 millions à $ 1,5 milliard, avant de baisser légèrement depuis deux ans.

Joug économique et politique

Mais l'argent n'est pas le seul lien. La Cen-Sad, la Communauté des États sahélo-sahariens, qui regroupe 28 pays, traduit également sur le plan politique l'influence du colonel Kadhafi. Aussi la Laaico possède-t-elle une vingtaine de filiales dont certaines comptent des États comme actionnaires (Guinée, Niger, Madagascar, Éthiopie). Reste que ce sont les pays où le secteur privé a le plus coopéré qui semblent aujourd’hui le plus en danger. C’est le cas du Mali, où les fonds d’investissements libyens sont particulièrement importants dans les secteurs vitaux comme le tourisme et l’hôtellerie aujourd’hui très fragilisés. C’est le cas aussi de l’Ouganda avec UTL (Uganda Telecom Limited) dont le capital appartient aux deux tiers au LAP (Libya Africa Portfolio). Le géant de la téléphonie ougandaise ne s’en cache pas : il est au bord de la faillite et se retrouve insolvable, avec une dette avoisinant les € 10 millions. Ce genre de scénario pourrait se répéter dans bien d’autres entreprises et secteurs du pays.

Par ailleurs Oil Libya, majoritaire au Kenya, tient par le col les consommateurs de pétrole au Kenya, en Ouganda et au Rwanda, dans le domaine de la distribution avec notamment des retards importants concernant la construction d’un pipeline entre Eldoret [dans l'ouest du Kenya] et Kampala… pour des raisons financières.

On le voit, les fonds d’investissement du colonel Kadhafi sont aujourd’hui un atout non négligeable dans la manche du leader libyen ; peut-être son arme la plus redoutable en Afrique comme ailleurs.


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