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Entretien avec…Jean-Louis Guigou: « C’est peut-être l’an "zéro" de leur indépendance »

 
Jean-Louis Guigou, Délégué général de l’Ipemed
Jean-Louis Guigou, Délégué général de l’Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen)

Jean-Louis Guigou, Délégué général de l’Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), a répondu aux questions de Marchés tropicaux et Méditerranéens sur les mouvements de protestation en Égypte.

Êtes-vous surpris par l’ampleur de la contestation en Égypte ?

Oui. Mais ce qui m’a surpris, comme tout le monde, c’est la contestation de la Tunisie. Une fois que la Tunisie est passée à l’acte, il fallait s’attendre à des mouvements de contestation dans de nombreux pays de la rive sud de la Méditerranée, y compris en Égypte et certainement en Algérie. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ces mouvements. Il s’agit d’une révolution historique. L’Europe, dans son élargissement, a déjà permis que des dictatures s’effondrent, notamment au Portugal, en Espagne, en Grèce et dans les pays de l’Est. Maintenant la rive sud de la Méditerranée constitue la deuxième vague.

En Europe, on a trop longtemps cru que face à la menace terroriste la seule réponse était la dictature. On nous donnait des arabes une image très négative de « fous de Dieu » peu enclins à la démocratie et polygames. Aujourd’hui on voit que la démocratie parlementaire peut fonctionner aussi au Sud. C’est une revendication légitime.

Les populations sont en « demande de rupture totale » avec leurs gouvernements autoritaires, avec l’image dégradée que l’occident voulait donner d’eux et avec les rapports qu’ils entretiennent avec l’Union européenne. Il s’agit également d’une demande de rupture avec des pratiques postcoloniales. C’est peut-être l’an « zéro » de leur indépendance.

La réponse de Hosni Moubarak vous parait-elle appropriée ?

Certainement pas. Cette réponse fait penser à celle de Zine El Abidine Ben Ali lors de son intervention télévisée. Il n’a pas compris l’ampleur de la contestation. Ou alors il fait semblant de ne pas comprendre et attend de voir comment l’armée va réagir. En d’autres termes, il attend de voir quelles instructions les États-Unis vont donner à l’armée égyptienne.

Quelle attitude peuvent adopter les États-Unis ?

Les États-Unis ont fait des déclarations qui vont dans le sens d’une plus grande écoute des revendications de la population et d’une répression moins violente. Mais en réalité ils envoient des messages codés à Hosni Moubarak qui continue de résister. On sait que le nœud du problème est l’Arabie Saoudite et le wahhabisme. Or sur cette question, les américains ne font rien à cause des ressources pétrolières. Ce que les États-Unis prélèvent comme pétrole dans le Moyen-Orient représente à peine 5 % de leur consommation. Mais comme la région produit environ 25 % du pétrole mondial, ils veulent garder le contrôle pour pouvoir éventuellement couper l’herbe sous le pied d’autres puissances. Autrement c’est bien beau de faire des déclarations mais si on ne fait rien contre le terrorisme religieux imposé par l’Arabie Saoudite à l’Égypte, ça ne sert à rien. Ils ne servent que leurs intérêts, point final.

Un groupe s'est constitué sur Facebook et appelle à manifester demain à Khartoum. Ce type de mouvements populaires en Afrique du Nord peut-il inspirer des pays d’Afrique subsaharienne ?

Absolument. Si l’analyse centrale est une demande de rupture en termes d’images du passé, de corruption, d’humiliation et du rejet d’idéologies rétrogrades, il n’est pas exclu que ces mouvements fassent écho au Soudan ou dans d’autres pays subsahariens. Mais revenons à la Tunisie, c’est elle qui a allumé la mèche de l’Histoire. C’est donc elle qui doit être aidée, soutenue dans son effort de normalisation démocratique. Il faut absolument que l’Occident fasse tout pour que les démocrates tunisiens imposent leurs vues.

Propos recueillis par Anaïs Dubois

 


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