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Malgré ses déboires dans le golfe du Mexique, BP se lance dans le forage offshore au large de la Libye, suscitant les interrogations de la classe politique américaine quant à une intervention de BP en faveur de la libération d'un des auteurs de l'attentat de Lockerbie, Abdelbasset Al-Megrahi.
BP commencera d’ici quelques semaines un forage au large de la Libye, dans le golfe de Syrte, en vertu d’un accord signé en 2007 avec Tripoli. Ce programme prévoit 5 forages en eaux profondes à environ 1700 m, soit un peu plus que Deepwater Horizon, le site offshore ayant explosé en avril 2010 dans le golfe du Mexique. Cette nouvelle, qui fait suite à celle de deux forages gaziers au large de l’Égypte, n'est pas sans surprendre étant données les difficultés que traverse actuellement BP dans le golfe du Mexique. En effet, BP se désengage sur de nombreuses sites afin de financer l’indemnisation des victimes de la marée noire.
Désengagements tous azimuts
BP serait prêt à se délester d’environ $ 20 milliards d’actifs, selon le Financial Times. Le groupe britannique a également annoncé la cession de ses activités d’exploration et de production d’hydrocarbures au Pakistan, ainsi que la vente d’activités gazières au Vietnam pour une valeur totale de $ 1,7 milliard, et la diminution de ses activités en Colombie et au Venezuela.
Selon le Sunday Times, BP pourrait céder 60 % de ses participations dans la Pan American Energy of Argentina, un producteur argentin, pour $ 9 milliards. En Russie, la sortie du capital du groupe Rosneft est à l’étude. Un accord pour l’achat par la Royal Dutch Schell d’une participation minoritaire de BP dans le champ pétrolifère Mars dans le golfe du Mexique est également à l’étude.
Controverse sur l’obtention du contrat libyen
Ce projet de forage en Libye est controversé car BP est accusé d’avoir exercé des pressions sur les autorités britanniques en vue d’obtenir la libération du terroriste libyen Abdelbasset Al-Megrahi, et de décrocher le contrat d’exploration d’hydrocarbures au large de la Libye pour $ 900 millions. BP, qui craignait que le maintien en détention d’A. Al-Megrahi ne nuise à ses négociations avec la Libye, a reconnu être intervenu auprès du gouvernement britannique en 2007, mais nie toute implication dans les discussions sur sa remise en liberté.
Un rebondissement qui suscite le courroux des hommes politiques américains. La Commission des Affaires étrangères du Sénat américain doit examiner l’affaire Abdelabsset Al-Megrahi le 29 juillet 2010 pour déterminer l’éventuel rôle de BP dans la libération pour raisons de santé du terroriste libyen, après une décision de la justice écossaise en 2009. A. Al-Megrahi avait été condamné en 2001 à la prison à vie pour l’attentat à la bombe perpétré en 1988 contre un Boeing 747 de la Pan Am au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie, qui a fait 270 morts, dont 189 Américains.
Pour sa part, le gouvernement écossais a affirmé qu’il n’a « pas eu de contacts » avec BP à ce sujet. Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a indiqué à son homologue américaine Hillary Clinton que la libération en 2009 de Al-Megrahi n’avait pas de lien avec l’obtention d’un accord pétrolier impliquant BP :
« Il n’y a pas de preuve corroborant les allégations selon lesquelles BP aurait été impliquée dans la décision du tribunal écossais de libérer Al-Megrahi pour raisons humanitaires en 2009, ni celles selon lesquelles ce même tribunal aurait décidé sa libération afin de faciliter l’obtention d’un accord pétrolier avec la Libye. »
Malgré tout, des sénateurs américains avaient appelé début juillet BP à suspendre ses activités de forage en mer en Libye, jusqu’à ce que son rôle présumé dans l’affaire soit éclairci.
Les milieux politiques américains ne sont pas les seuls à s'irriter des annonces de BP. En Méditerranée, l’inquiétude monte quant à la protection de l’écosystème méditerranéen.