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Goodluck Jonathan, nouveau président du Nigeria

 
Goodluck Jonathan, d'abord réservé, affirme peu à peu son autorité à la Présidence nigérianne.
Le président, issu du delta du Niger, a pris en main le dossier des rebelles de cette région. Photo : Ricardo Stuckert/PR

Après le décès le 5 mai du président nigérian, Umaru Yar'Adua, son vice-président prend les rênes du pays. Son mandat court jusqu’à l’élection de 2011.

Il porte bien son nom. Goodluck Jonathan a endossé les habits de président du Nigeria, sans avoir jamais avoir connu le verdict des urnes. Le décès le 5 mai du président Umaru Yar'Adua, éloigné du pouvoir depuis des mois par la maladie, lui a laissé le champ libre. Selon la constitution nigériane, G. Jonathan est devenu président jusqu'à la tenue des prochaines élections, prévues au plus tard au premier semestre 2011. Il a prêté serment le 6 mai, devenant le cinquième président civil de l’histoire du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique – 150 millions d’habitants – mais aussi l’un des plus corrompus.

Chemin tortueux vers la présidence

Après des mois de tractations politiques, l'élite du Nigeria l'a finalement accepté comme président en exercice. Le chemin a été tortueux pour le vice-président Goodluck Jonathan. N’ayant pas pu confier les clefs du pouvoir avant son hospitalisation en Arabie saoudite en novembre, Umaru Yar'Adua a laissé un vide institutionnel qui s’est rapidement transformé en crise politique majeure. C'est seulement le 9 février que l'Assemblée nationale a officiellement désigné Goodluck Jonathan président par intérim. À la mort du président, la constitution nigériane prévoit que le vice-président prenne le relais. Ainsi, G. Jonathan devient président jusqu'à la tenue des prochaines élections.

Cela lui laisse moins d’un an pour gérer plusieurs dossiers épineux. Il a ainsi affirmé « son total engagement envers la bonne gouvernance, la réforme électorale et la lutte contre la corruption qui sera poursuivie avec une plus grande vigueur ». Le président a aussi fait de la distribution d'eau, de l’électricité et de l'éducation ses priorités.

L’homme, souvent abrité de son chapeau noir, paraissait effacé à ses débuts. Peu à peu, il a gagné en épaisseur. Depuis février dernier, investi du pouvoir intérimaire G. Jonathan, 52 ans, a gagné en autorité et a commencé à prendre certains dossiers en main. Première victime, le président de la Commission électorale nationale, Maurice Iwu, déjà en place lors du scrutin très contesté de 2007, a été renvoyé. En Conseil des ministres, il refuse désormais l’entrée aux retardataires. Enfin, sa rencontre avec B. Obama à Washington, en avril dernier, lui a donné une stature internationale.

Un président issu du délicat delta du Niger

Parmi les dossiers délicats, il a déjà fait savoir, le 14 mai, lors d’un déplacement dans la région du delta du Niger, que la proposition d’amnistie des rebelles du Sud pétrolier, faite par son prédécesseur, était toujours valable. Cette proposition qui visait à mettre fin à des attaques coûteuses pour le secteur pétrolier n’avait pu être mise en œuvre, vacance du pouvoir oblige. Umaru Yar'Adua avait fait cette proposition d’amnistie à quelque 20 000 ex-rebelles du Sud pétrolier, leur promettant des programmes de formation, des fonds d'indemnisation et des emplois. En remettant en route l’amnistie, G. Jonathan espère ainsi favoriser le retour à la stabilité dans cette région. La rébellion armée du Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend) avait refusé cet accord, mais avait proclamé un cessez-le-feu d'environ trois mois qu'il a levé en janvier, face à l'inaction de l’État.

Le développement de la région du delta est vital pour le pays, a rappelé le président : plus de 90 % des devises proviennent de l'exportation du pétrole (le pays est le 8e exportateur mondial de brut). Profitant de sa désignation par l’Assemblée nationale en février dernier comme président par intérim, il avait déjà procédé à des remaniements, avec un nouveau patron à la tête de la puissante compagnie pétrolière nationale NNPC, Shehu Ladan, et un nouveau ministre du Pétrole, Diezani Allison-Madueke, une femme issue, comme lui, de la région pétrolifère du delta du Niger. Outre ce que parviendra à réaliser Goodluck Jonathan, se pose aujourd’hui la question de son avenir politique. Ou plutôt sera-t-il ou pourra-t-il être candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Bio Né en 1957 dans la région pétrolifère du delta du Niger, Goodluck Jonathan est un chrétien issu de l'ethnie Ijaw. Après des études de zoologies à l’université, il est successivement inspecteur au ministère de l'Éducation, professeur d'université puis travaille dans la défense de l'environnement, avant d'entrer en politique en 1998. Par chance (comme son prénom), il accède rapidement à des fonctions au sein du gouvernement fédéral avant d’être nommé vice-gouverneur de l'État du Bayelsa, dont il est originaire, en 1999. Son chef démissionné pour cause de corruption, il prend le relai en tant que gouverneur. Et, deux ans plus tard, il est choisi par l'ancien président Olusegun Obasanjo pour briguer le poste de vice-président du People’s democratic Party (PDP) en 2007.


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