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Hosni Moubarak annonce qu'il transfèrera le pouvoir à Omar Souleimane

 
Hosni Moubarak
Les Etats-Unis feront en sorte que les troubles en Egypte ne créent pas de "nouveau danger pour Israël et la région", a déclaré aujourd'hui James Steinberg, le numéro deux de la diplomatie américaine, dans une déclaration devant le Congrès américain. Photo: DR.

Entre colère et incrédulité, les manifestants de la place Tahrir ont jeté des chaussures au terme du discours du président égyptien à la télévision nationale. Hosni Moubarak a annoncé, sans calendrier, la délégation de ses pouvoirs au vice-président Omar Souleimane.

Les manifestants croyaient, cette fois, à son départ immédiat. Mais Hosni Moubarak s'est contenté d'annoncer un transfert de responsabilités (sans préciser lesquelles) à son vice-président Omar Souleimane.

Le chef d'état-major de l'armée leur avait pourtant garanti, quelques heures plus tôt, la satisfaction de toutes leurs revendications. Tentative de pression de l'armée sur le président, mensonge éhonté au peuple ou changement de discours de dernière minute, les supputations se multiplient ce soir au Caire.

H. Moubarak rappelle son passé héroïque

S'adressant à la nation « comme parlerait un père à ses enfants », le président égyptien s'est déclaré « fier » d'eux. « Vos revendications sont justes et légitimes », affirme le président égyptien, qui reconnaît que les « erreurs sont possibles dans tout régime ». « Le sang des martyrs ne sera pas inutile » et les coupables seront poursuivis, a-t-il ajouté. Pour H. Moubarak, qui reste au pouvoir pour l'instant, il est par contre « inacceptable d'écouter des injonctions de l'étranger ». Le président a confirmé qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections, et s'est réengagé à « transmettre le pouvoir à ceux que choisira le peuple en septembre prochain ». « Je (me tiendrai à mon engagement) jusqu'à ce que l'Égypte et son peuple arrivent à bon port ».

La feuille de route annoncée précédemment semble alors maintenue. « Jour après jour nous avançons sur le chemin du transfert pacifique du pouvoir entre aujourd'hui et septembre prochain ». Le président égyptien a annoncé dans ce même discours la suppression de l'état d'urgence dès qu'un retour au calme le permettrait. Il a également affirmé que des changements constitutionnels allaient être engagés pour garantir des élections transparentes, pluralistes et limiter le nombre de mandats présidentiels.

H. Moubarak a ensuite longuement rappelé son engagement militaire pour son pays, et demandé le retour à une situation normale, tant économiquement que sur le plan de la sécurité. « J'ai vécu pour ce pays, (j'ai été le) garant de sa sécurité, et l'Égypte demeurera par-delà les individus, jusqu'à ce que je transfère son étendard ».

Confusion sur l'étendue du transfert du pouvoir à O. Souleimane

Omar Souleimane s'est exprimé peu après, avec une grande fermeté : « Le président m'a donné la responsabilité des institutions. Il m'a demandé de calmer les Égyptiens, de protéger leur vie ». Le vice-président s'en est également pris violemment aux télévisions étrangères, demandant aux égyptiens, qu'il invite à rentrer chez eux, de s'en tenir à la télévision nationale.

La chaîne Al-Arabiya, qui semble avoir eu accès au discours d'Hosni Moubarak avant son prononcé, avait annoncé un peu plus tôt le transfert du pouvoir au vice-président Omar Souleimane, la fin de l'état d'urgence et l'amendement de cinq articles de la constitution. Pour rappel, Omar Souleimane n'était pas, constitutionnellement, le remplaçant naturel d'Hosni Moubarak. En effet, selon un observateur privilégié de ce pays, la constitution égyptienne prévoyait jusque-là qu'en cas d'empêchement durable du chef de l'État, il serait remplacé par le président de la Cour constitutionnelle ou par le président du Parlement.

Des signes de départ qui s'acculumaient

Au fil de la journée des signes de plus en plus nombreux du départ du raïs avaient été donnés. L'armée égyptienne avait annoncé dans un communiqué examiner les « mesures » nécessaires « pour appuyer les demandes légitimes du peuple ». Le conseil suprême des forces armées avait alors déclaré qu'il s'était réuni « pour examiner les mesures à prendre pour préserver la nation ».

Suite à l’annonce de l’armée, le Premier ministre égyptien Ahmed Chafic avait déclaré à la télévision d’État : « tout est entre les mains » du président Hosni Moubarak, précisant toutefois qu’aucune décision n’avait été prise, rapportait alors l’agence Mena.

Barack Obama de plus en plus ferme

Ironiquement, c’est depuis la ville de Marquette dans le Michigan où le président des États-Unis devait intervenir sur l’internet à haut débit que B. Obama s’est prononcé alors que des informations faisaient état d’un départ imminent du président égyptien. « Ce qui est parfaitement évident est que nous sommes les témoins de l'histoire en marche », a-t-il déclaré. Un peu plus tôt dans l’après-midi, face au Congrès, le directeur de la CIA Leon Panetta avait jugé « fort probable » qu' H. Moubarak quitte le pouvoir dans la soirée et qu'il soit remplacé par son vice-président Omar Souleimane. Une option qui n’est pas pour déplaire à l’administration américaine, principal soutien financier et politique de l’Égypte, mais qui risque de mécontenter une partie de l’opposition égyptienne tant O. Souleimane, globalement apprécié par la communauté internationale, est proche d’Hosni Moubarak. Surnommé « Dracula » par la rue égyptienne, il est à l'intérieur du pays considéré comme le bras armé de la loi sur l'état d'urgence en Égypte.

Un positionnement saoudien éloigné des États-Unis

Depuis Rabat, dans l'après-midi, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, s’est pour sa part déclaré « choqué » de l’« ingérence de certains pays » dans les affaires intérieures égyptiennes. Ce dernier n’a cité personne mais visait de façon évidente les États-Unis. « Nous espérons que l'on laissera (les Égyptiens) résoudre leurs problèmes. Ils sont plus que capables de le faire », a poursuivi le prince al-Fayçal. Ce dernier aurait fait part à Barack Obama le 29 janvier dernier de sa volonté de financer l’Égypte dans le cas où les États-Unis lui auraient retiré leur aide, avait rapporté le Times.

Avec Myrtille Delamarche


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