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Joseph Kabila suspend l’exploitation minière dans l’Est de la RD Congo

 
Le président congolais, Joseph Kabila.
La décision du président congolais de suspendre l'exploitation minière dans 3 provinces à l'Est du pays a pour objectif de mettre fin à l'activité de différents groupes armés qui se financent grâce au contrôle qu'il exercent sur un nombre important de mines de la région. Photo : US Federal Government

Sur décision présidentielle, la RD Congo suspend l’exploitation minière dans 3 provinces de l’est du pays. Joseph Kabila souhaite ainsi en finir avec les trafics auxquels groupes rebelles et militaires participent et qui alimentent la grande insécurité qui règne dans cette région.

Le vendredi 10 septembre 2010, le président de la RD Congo, Jospeh Kabila, a annoncé une mesure radicale avec prise d’effet immédiate : la suspension de toutes les activités minières dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de Maniema, à l’est du pays. L’objectif est d’éradiquer l’insécurité permanente qui règne dans cette zone et qui est largement due à la présence de groupes armés qui contrôlent les mines et exploitent illégalement les gigantesques ressources du sous-sol de cette région.

Groupes mafieux

Dénonçant « l'implication manifeste de certaines autorités locales, provinciales, et nationales, tant civiles que militaires, dans l'exploitation illégale et le commerce illicite des substances minérales », J. Kabila a « fait le constat amer » que « l'ampleur de l'exploitation minière dans cette partie du pays résulte du fait des activités de groupes mafieux qui confortent [...] l'insécurité récurrente ».

La décision de stopper toutes les activités minières dans les trois provinces orientales du pays est « d’application immédiate » et concerne « les détenteurs de titres et droits miniers, les comptoirs, les négociants ainsi que les exploitants artisanaux », ainsi que l’a expliqué D'Assise Masika, la ministre provincial des Mines du Nord-Kivu, dans un communiqué relayé par l’AFP. Concrètement, « la mesure concerne tout l'ancien Kivu pour ne pas laisser le couloir aux fraudeurs qui pourront quitter le Nord-Kivu pour le Sud-Kivu ».

Des millions de dollars détournés

Les mines de cassitérite, de coltan (colombo tantalite) et d’or de la région sont en effet, pour beaucoup, sous le contrôle de groupes armés qui exploitent leurs ressources de manière complètement illégale, en particulier celui formé par la rébellion hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Selon un rapport d’un groupe d’experts de l’Onu publié en novembre 2009, les gisements d’or et de cassitérite présents dans les deux Kivus « continuent de fournir des millions de dollars de financement direct aux FDLR »

D’autre part, d'ex-membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe rebelle qui s’est rallié au pouvoir en place au début 2009, et dont la majorité des combattants ont été intégrés dans l'armée régulière congolaise, tirent aussi largement profit de l'exploitation de certaines mines. C’est notamment le cas de celle de Bisie, près de Walikale dans le Nord-Kivu, qui fournit 70 % de la cassitérite de la province et qui est actuellement entièrement contrôlée par d’anciens cadres du CNDP.

Insécurité croissante

Depuis fin juillet, la situation sécuritaire dans cette région déjà très agitée sur ce plan s’est encore dégradée. L’Onu a ainsi dénoncé plus de 500 viols perpétrés par des groupes armés pour le seul moi d’août dernier. Aux violences qui se multiplient à l’égard des populations locales s’ajoutent une recrudescence des prises d’otage, comme celle qui a été perpétrée début septembre à l’encontre des pilotes de deux petits avions destiné au transport des minerais.

La récente loi américaine sur les minerais ainsi que les deux résolutions de l’Onu (décembre 2008 et décembre 2009), prévoyant des sanctions pour les entreprises qui soutiennent des groupes armés illégaux dans l'est de la RDC par l'intermédiaire du commerce illicite des ressources naturelles, sont donc désormais appuyées par cette décision surprise de la présidence congolaise.

Le débat portera donc désormais sur les moyens qui se seront mis en place pour faire appliquer cette mesure et dont il n’a pour l’instant pas été fait état, hormis certains éléments fournis dans la déclaration de D'Assise Masika qui explique que « ça peut prendre un à deux mois » et que va être déployée « une force pour traquer ces rebelles [...] qui occupent des carrés miniers ».


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