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POLITIQUE | |
| Démocratie/Gouvernance |
Elle est certes moins visible que chez ses voisins maghrébins mais la contestation du pouvoir existe bel et bien au Maroc. Typologie des acteurs à six jours des manifestations prévues le 20 février.
Ils affolent la toile et indisposent les autorités marocaines. Eux, ce sont Rachid Antid, 34 ans, licencié en droit privé, actuellement sans emploi, et Hicham Ahella, 20 ans, élève ingénieur à Settat, les deux fondateurs du mouvement « Liberté et Démocratie maintenant » sur Facebook. Le groupe compte près de 8 300 membres et appelle à manifester pacifiquement à travers le royaume le 20 février prochain.
Issu d’une famille traditionnelle de Meknès, tendance classe moyenne, Rachid partage avec Hicham, fils de militant, le même ras le bol et la même volonté de « changer le système », sans remettre en cause le principe de la monarchie.
« Les politiques ? Ils sont corrompus, ils ne s’occupent pas de nous », assène Rachid. « On veut la liberté de s’exprimer, de manifester, de critiquer, on demande aussi la révision de la Constitution, la séparation des pouvoirs, un gouvernement qui ne soit pas le reflet d’un pouvoir absolu, on veut la démocratie réelle, pas un théâtre, où les partis politiques ne représentent personne », explique t-il. « Beaucoup de Marocains vivent dans une grande pauvreté et ce sont les mêmes familles qui détiennent les richesses et le pouvoir politique ».
Insultés et accusés sur internet d’être à la solde de l’Algérie et du Polisario, Hicham riposte : « Ces gens là sont vendus au Makhzen marocain (pouvoir traditionnel). Ils ont pour objectif de contrer toute tentative de changement (…) Le pouvoir utilise les médias et Facebook pour nous discréditer ».
Outre une certaine jeunesse, les islamistes surfent sur le vent de contestation qui semble se lever dans le royaume. Le mouvement Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance), interdit mais toléré par les autorités, et qui revendique 200 000 adhérents, a appelé à un « changement démocratique urgent » et à « l’établissement de mécanismes mettant fin à l’autocratie ». Le parti du Cheikh Yassine n’a pas exclu de participer aux rassemblements du 20 février prochain.
Pour Driss Ksikes, directeur du centre de recherches Cesem à Rabat, « ces jeunes sont en demande d’une plus grande liberté et de leurs droits socio-économiques (…) Il y a un besoin profond de réformes. Le Roi est au dessus de tout. Il faudrait faire en sorte que ceux qui gouvernent deviennent redevables réellement de leurs actes devant la population ».
Jeudi soir, un millier de diplômés chômeurs se sont dirigés vers le Palais royal à Rabat, pour dénoncer l’inaction du gouvernement et demander la démission du Premier ministre, Abbas El Fassi. Le même jour, un jeune chômeur s’immolait par le feu à Ben Guerir, première victime au Maroc.