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Le financement par crédit « grenier » réhabilité par la FAO

 
Stockage d’oignons dans un village zoulou, en Afrique du sud.
Stockage d’oignons dans un village zoulou, en Afrique du sud. Photo : Sylvie Rantrua

Le premier frein identifié pour les petits agriculteurs demeure le manque de moyens financiers. Le grenier où s’effectue le stockage de la récolte peut servir de garantie à un prêt.

Pour aider les agriculteurs à financer leurs activités, la FAO remet au goût du jour le « grenier », en version système de garantie. Elle applique en fait une vielle recette utilisée par les agriculteurs européens à la fin du XIXe siècle. Plutôt que de vendre leur récolte immédiatement, au moment où les prix sont les plus bas, les agriculteurs peuvent la stocker et l’utiliser en gage pour obtenir un prêt bancaire. « Le crédit donne ainsi les moyens aux petits exploitants d'acheter les intrants essentiels pour la prochaine campagne de semis, tout en leur permettant de conserver leur récolte jusqu'à la période de soudure - lorsque les stocks vivriers commencent à se raréfier et les prix à grimper », explique la FAO dans son communiqué du 12 avril. Ils peuvent alors vendre leur récolte à bien meilleur prix, rembourser leur prêt et même empocher la différence.

Le mécanisme a été testé avec succès au Niger depuis 1999, avant d’être introduit au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal. Selon une étude réalisée en décembre dernier sur le projet Niger, les agriculteurs participants ont pu accroître leurs revenus entre 19 % et 113 % en 6 mois. Et comme ils ont pu acheter des semences et des engrais de meilleure qualité, parallèlement leurs rendements ont grimpé, entre 44 % et 120 %. Un succès qui ne doit pas faire oublier les graves difficultés rencontrées par les agriculteurs au Niger.

« S'il est pratiqué comme il convient, le warrantage permet aux agriculteurs de cultiver davantage et d'accroître leurs revenus », affirme l'expert en finance rurale à la FAO, Ake Olofsson. « Mais ce n'est pas pour autant une solution universelle », met-il en garde. Des conditions évidentes doivent être réunies, comme l’existence d’un établissement financier prêt à s’engager dans l’agriculture et d’un lieu de stockage sûr, mais aussi une association d’agriculteurs bien organisée.

Mil, riz, arachides...

Du côté des cultures, toutes ne peuvent pas servir de gage. Il faut qu’elles soient non périssables et que leurs prix montent au fil des mois après la récolte ; elles doivent être également reconnues par la législation bancaire du pays comme moyen de nantissement. Dans le cas du Niger, le mil, le riz et les arachides ont servi de garantie pour la banque. D'autres cultures, notamment des produits horticoles comme les oignons, l'ail, les tomates séchées et les poivrons séchés pouvaient également être utilisés.

Madagascar expérimente cette pratique, depuis la fin des années 1990, à travers les Greniers communs villageois (GCV) en partenariat avec le réseau mutualiste Cecam et la Bank of Africa - Madagascar. D’autres exemples peuvent être cités, comme au Ghana, où l'organisation TechnoServe mène un programme de crédit-stockage depuis le début des années 1990. Parmi les principaux inconvénients relevés, des comportements spéculatifs ont pu perturber les marchés. Si dans l’ensemble les agriculteurs ont été plutôt satisfaits, la belle mécanique s’enraye parfois. Car une « trop » bonne récolte, associée à des importations de riz qui inondent le marché, comme en 2005/06, ont fait plonger les prix. Les producteurs n’ont pas empoché la plus-value attendue grâce au stockage.

Au-delà de l’exemple du crédit stockage, le développement du secteur agricole passe aussi par le financement à plus long terme. Remise à l’agenda international par la Banque mondiale en 2007, l’agriculture sera aussi un des dossiers défendu par Kanayo F. Nwanze, président du Fonds international de développement agricole (Fida) lors du prochain Forum économique mondial pour l’Afrique qui se tient en Tanzanie du 4 au 5 mai. « Les gouvernements africains, les donateurs et les acteurs du secteur privé doivent agir sans attendre pour transformer les

500 millions de petites exploitations que compte notre planète en entreprises rentables », a-t-il déclaré avant son départ pour le Forum.

 

Définition
Le « crédit-stockage » ou warrant agricole (en anglais warehouse receipt financing ou inventory credit) est une innovation explorée par des projets de développement et repris par la microfinance. Elle vise à sécuriser le crédit à des agriculteurs, en s’appuyant sur des contrats de stockage.


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