STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


AGRI & AGROALIMENTAIRE
Elevage

Sénégal: les éleveurs en quête de productivité

 

Portés par les initiatives publiques en faveur du développement de l’élevage, les producteurs africains cherchent à améliorer leur productivité. Encore faut-il que la baisse des prix du lait sur le marché international, couplée au fort lobbying des importateurs africains, ne viennent pas freiner cette dynamique.

Au salon international de l’agriculture de Paris, entre deux groupes scolaires, on aperçoit les professionnels africains. Il faut dire que le continent y est bien représenté. Rien que pour le Sénégal, on compte quelque 30 exposants. Ils sont là pour trouver des réponses à leurs problèmes : Comment avoir un cheptel à la fois productif et adapté au contexte local ?

Sur le stand de Sersia France, un groupement coopératif pour l’exportation de la génétique française, un Algérien se lève pour laisser la place à un Sénégalais. De la race Montbéliarde à l’Holstein en passant par la Normande, toutes semblent trouver un débouché, en Afrique du Nord comme en Afrique de l’Ouest.

Il faut dire qu’en dépit du rapport de la FAO qui incrimine l’élevage pour ses conséquences sur l’environnement, la demande est bel et bien là et il faudra y répondre. « L’Asie demande de plus en plus de lait, parallèlement à une demande croissante de viande », souligne Ali Haidar, responsable export de Sersia France.

Malgré des années d’importation de viande et de produits laitiers, la crise alimentaire qu’a connue l’Afrique en 2007 a finalement renforcé l’idée qu’il faut pouvoir produire localement. Plusieurs pays de la sous-région (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal et Mali notamment) ont donc mis le cap sur l’élevage.

Au Sénégal - pays qui a doublé sa facture d’importation de lait entre 2002 et 2007, passant de € 38 millions à € 88 millions - le président Abdoulaye Wade a lancé en 2008 la « Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance » (Goana) avec l’idée de mener le pays sur la voie de l’autosuffisance alimentaire.

Les Français sont dans la place, les Brésiliens pointent leur nez

Mais les éleveurs font toujours face à de sérieux problèmes de productivité des cheptels. Un créneau que les Français investissent en proposant des semences et des génisses qui permettraient d’améliorer les caractéristiques des animaux. « Certaines espèces françaises s’adaptent très bien aux conditions géo-climatiques africaines. Le croisement permet d’améliorer les caractéristiques de production, mais aussi de fonctionnalité », d’après A. Haidar.

Une bonne solution à condition que les informations sur l’origine des cheptels soient bien conservées. Faute de quoi, la perte de diversité génétique pourrait être dangereuse. « Avec le croisement, la marche arrière est compliquée. Il faut 8 à 9 générations pour retrouver la race pure ». L’autre solution serait bien sûr d’utiliser la méthode de la sélection. « Mais c’est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. C’est un investissement de trente à quarante ans », ajoute A. Haidar. Une solution inadaptée face à l’urgence.

Si les États-Unis, le Canada et trois pays européens (Allemagne, France et Pays-bas) dominent le marché mondial de la génétique bovine, il faut pourtant anticiper l’émergence de nouveaux arrivants. « La concurrence n’est pas à craindre du côté de l’Asie. Mais il faudra compter avec le Brésil, qui détient des races adaptées aux conditions climatiques des pays du Sud », admet Guilhem Brouzes, responsable export de la coopérative Coopex, spécialisée dans la race Montbéliarde. Un constat partagé par A. Haidar : « Pour nous démarquer, nous devons compter sur l’accompagnement et les services ».

Une initiative en danger

Les pouvoirs publics auraient-ils trop longtemps laissé l’agriculture de côté ? « Ce n’était pas un manque de volonté des pouvoirs publics africains » d’après Caroline Thulliez, responsable Afrique de l’Adepta (association pour le développement des échanges internationaux de produits et techniques agro-alimentaires), « mais plutôt les bailleurs de fonds qui avaient laissé l’agriculture de côté ». Or, depuis deux ans, l’agriculture revient au cœur des préoccupations des institutions internationales

Pour autant, les barrières à la production ne semblent pas encore levées. Parmi elles, on retrouve les problèmes récurrents du financement de l’agriculture - notamment en termes d’équipements - et de l’approvisionnement des zones urbaines.

A cet égard, au Sénégal, « l’initiative Goana devrait être globalement bénéfique », assure Guilhem Brouzes. Pourtant, les prix du lait, à la baisse depuis deux ans, pourraient bien compromettre les initiatives menées en Afrique de l’Ouest.

D’autant qu’au-delà du discours, les lobbies d’importateurs ne sont pas prêts à voir les barrières tarifaires freiner les importations de lait en poudre et autres produits laitiers, et pourraient mettre à mal les initiatives politiques.


Dans le même dossier : "Le choc des cultures"

Du même auteur :