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Au moment où 20 experts envoyés par l'Union africaine séjournent à Abidjan afin de rencontrer les parties en conflit, la société civile et le corps diplomatique, une délégation d'au moins trois députés français de l'UMP (parti au pouvoir), avait prévu de se rendre à Abidjan. Leur programme faisant la part belle au camp de L. Gbagbo, leur voyage a été annulé.
Le panel des 5 chefs d’État désignés lors du sommet de l’Union africaine (UA) - qui s’est achevé le 31 janvier - pour tenter de résoudre la crise ivoirienne, a envoyé vingt experts en Côte d’Ivoire. Arrivés le 6 février à Abidjan, ils y séjourneront en principe jusqu’au 10 février avec pour mission de rencontrer les différentes parties en conflit, des représentants de la société civile et le corps diplomatique.
La délégation conduite par le Commissaire pour la paix et la sécurité de l'UA, Ramtane Lamamra, a rencontré Guillaume Soro, Premier ministre d'Alassane Ouattara, dans l’hôtel du Golf. Puis, elle a reçu dans son hôtel les représentants de Laurent Gbagbo, notamment son ministre des Affaires étrangères Alcide Djédjé et Pascal Affi N'Guessan, chef de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI).
Les experts rencontreront aussi des membres de la Commission électorale indépendante (CEI), du Conseil constitutionnel, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, Young Jin Choi, ainsi que des représentants de la société civile et le corps diplomatique.
À l’issue de leurs consultations, ils rédigeront un rapport destiné au panel des cinq chefs d'État africains. Ces derniers doivent se retrouver le 20 février à Nouakchott avant de se rendre eux-mêmes à Abidjan.
Mis en place à la fin du sommet de l’UA en janvier, ce panel est présidé par le chef de l'État mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz. Il comprend aussi Idriss Deby (Tchad), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Jakaya Kikwete (Tanzanie) et Blaise Compaoré (Burkina Faso). Le panel a jusqu'à fin février pour arrêter des décisions « contraignantes ».
Chacun campe sur ses positions
Cependant, chaque camp voit toujours midi à sa porte. Dans un communiqué, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui soutient A. Ouattara, considère la mission de ce panel comme « la dernière chance pour sortir la Côte d`Ivoire de la crise par la voie pacifique ». Les cinq chefs d’État doivent parvenir à « installer le président Alassane Ouattara et lui permettre d’exercer la plénitude de ses fonctions par la négociation », précise le communiqué du RHDP. Cependant, des doutes ont été exprimés quant à la capacité du panel à obtenir le départ de Laurent Gbagbo.
Le camp Gbagbo voit dans ce panel le « comité d’évaluation » (qu’il réclamait) du processus électoral afin mettre à jour les fraudes qui ont émaillé le scrutin, tout en excluant catégoriquement qu’il cède le pouvoir. Dès la désignation du panel, le camp de L. Gbagbo a récusé l’un de ses membres : le chef d’État burkinabé Blaise Compaoré. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Abidjan contre la présence du président burkinabè dans l’équipe des médiateurs de l’Union africaine.
Lors de ce rassemblement, auquel a participé l’épouse du chef d’État sortant Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé s’en est vivement pris à Blaise Compaoré, qui ne serait qu’un pion du président français Nicolas Sarkozy. « Nous ne pouvons jamais accepter cela (…) C’est pourquoi, simplement, poliment, gentiment nous leur demandons de retirer Blaise Compaoré du panel. Nous ne demandons rien d’autre que cela », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Nous sommes ici aujourd’hui pour que tout le monde entier voie que la Côte d’Ivoire n’est pas d’accord avec la présence de Blaise Compaoré dans le panel », rapporte Afrik.com
France : embarras au sein de la majorité
Alors que le président Sarkozy défend avec ardeur la légitimité d’A. Ouattara, des députés de son parti (UMP) ont failli créer un véritable embarras diplomatique. Le quotidien Libération a révélé aujourd’hui qu’une délégation de députés français UMP, qui avait prévu un déplacement en Côte d’Ivoire, a finalement annulé son voyage in-extremis. Au moins trois députés UMP auraient dû prendre l’avion pour la Côte-d’Ivoire, où le tapis rouge (côté président sortant) avait déjà été déroulé. Mais une fuite intempestive, via la Lettre du continent, a tout fait capoter à quelques heures du décollage. Selon Libération, l'Élysée est intervenu directement pour exiger l'annulation du voyage, qui risquait d'embarrasser la diplomatie française. « Sur place, un programme à sens unique et aux petits oignons avait été concocté pour ces invités de premier choix », écrit le quotidien français. Le cabinet de Laurent Gbagbo avait déjà transmis vendredi 4 février à la presse le programme de la mission parlementaire. Ce programme prévoyait des entretiens quasi-exclusivement avec des responsables du régime en place, dont deux rencontres avec Laurent Gbagbo.