STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


INDUSTRIE & SERVICES
Industrie pharmaceutique

L'industrie pharmaceutique soigne son image

 
Leem - Michel Hasson

La plupart des pays africains font l’objet d’un intense trafic de produits pharmaceutiques. Pour lutter contre la contrefaçon et les « mauvais médicaments », les industriels développent désormais de nouvelles formes d’actions.

Le marché des médicaments contrefaits mobilise l’attention de nombreux acteurs de l’industrie pharmaceutique, tout comme celle des grandes instances internationales, OMC et OMS en tête. À l’instar de Sanofi-Aventis, certains ont même développé en interne des pôles de lutte contre la contrefaçon et communiquent à grand renfort de chiffres sur l’ampleur du phénomène qui représenterait 10  % du chiffre d’affaires de toute l’industrie de ce secteur, soit € 45 milliards.

Le gigantesque marché que représente l’Afrique n’est bien évidemment pas épargné par ce processus en pleine expansion depuis le début des années 1990. Les dernières estimations établies conjointement par l'OMS, l'OCDE et le Pharmaceutical Security Institute révèlent même que dans certaines zones de l'Afrique subsaharienne, plus de 30 % des médicaments sont des contrefaçons.

Pour autant, les mesures prises jusqu’à maintenant n’ont pas réussi à endiguer le processus. Sans abandonner le volet répressif, les industriels se tournent donc désormais vers des solutions plus adaptées aux réalités socio-économiques des pays en voie de développement.

Le trompe-l'œil de la contrefaçon

Le terme de contrefaçon employé en matière de médicaments n’est, en réalité, qu’une partie d’un problème plus général qui englobe des produits pharmaceutiques de qualité inférieure ou « mauvais médicaments ».

La différence tient, selon la définition de l’OMS, à ce que les premiers sont étiquetés frauduleusement de manière délibérée pour tromper sur leur identité et/ou sur leur origine. La contrefaçon peut concerner aussi bien des produits de marque que des produits génériques.

Pour Jacques Pinel, Secrétaire Général de l’Association Réseau Médicaments et Développements (ReMed) « L’amalgame qui est souvent fait entre la contrefaçon pure et simple et les médicaments qui présentent des standards de qualité inférieurs à ceux exigés dans les pays développés arrange en partie l’industrie pharmaceutique. Ces « sous-standards » ne sont pourtant pas illicites et ne cherchent pas à cacher leur origine, mais représentent certainement un problème plus préoccupant de santé publique puisqu’ils ne font pas l’objet d’une attention aussi soutenue que celle portée aux falsifications des produits de grandes marques et représentent un marché gigantesque »

Pourtant, du côté de l’industrie du médicament, on assure que l’heure n’est plus uniquement au retranchement derrière l’unique question de la protection internationale des droits intellectuels définie par les accords ADPIC au sein de l’OMC. Alors ? Simple stratégie de communication ou réel changement de cap ?

Moins de cynisme, plus de solidarité

François Bompart, responsable du département « Accès au médicament » de Sanofi-Aventis ne cache pas que le gigantesque procès intenté en 2001 par 39 firmes pharmaceutiques à l’Afrique du Sud pour fabrication d’antirétroviraux sans l'autorisation des propriétaires des brevets s’est révélé désastreux pour les industriels : « Les entreprises pharmaceutiques sont ressorties de ce procès avec une image déplorable. Cela a fait radicalement changer les mentalités des décideurs qui n’avaient plus d’autre choix que de promulguer de nouvelles formes d’actions : politique de prix différenciés, voire de prix coûtant ou de dons pour les pays les plus pauvres. Nous sommes ainsi persuadés que ce n’est qu’avec des systèmes de solidarités que nous briserons la logique récurrente des problèmes de santé publique dans ce continent ».

Même constat pour Philippe Lamoureux, Directeur Général du Leem (Les entreprises du médicament, ex Syndicat National de l’Industrie Pharmaceutique) : « Les moyens de lutte contre les mauvais médicaments ne doivent plus passer uniquement par le renforcement de l’arsenal répressif. La mise en place de programmes d’information et d’éducation auprès des populations est également primordiale. Tout comme l’est un travail collectif autour de la promotion de systèmes de protection sociale ».

Même s’il ne s’agit pas pour les industriels de « se cacher derrière une façade caritative » et que « des opportunités réelles de développement de marchés existent dans les pays émergents » ainsi que l’affirme F. Bompart, la dynamique d’ensemble laisse au moins présager d’un réel bénéfice sanitaire pour les populations les plus exposées.


Du même auteur :