STRATÉGIES

ET INVESTISSEMENTS

EN AFRIQUE


POLITIQUE
Elections

Nombreux défis à l’approche des élections

 
Vue du Caire
Les élections législatives auront lieu fin novembre et seront suivies d'un scrutin présidentielle à l'automne 2011. Photo: vincent-t.

Élève choyé par la communauté internationale en raison de sa position géopolitique stratégique, l’Égypte se sort honorablement de la crise, d’après les bailleurs de fonds multilatéraux. Mais à l’approche des élections législatives puis du scrutin présidentiel, la hausse du prix du blé pourrait faire exploser le mécontentement social.

Alors qu’il recevait le président égyptien Hosni Moubarak à l’Élysée, début juillet, pour évoquer le conflit au Proche-Orient, le président français s’intéressait également à l’économie égyptienne. Il faut dire que les grands noms du CAC 40 ne sont pas passés à côté de l’Égypte, de ses 5,2 % de croissance sur la période 2009-2010, et de ses 82 millions de consommateurs.

Les échanges entre les deux pays n’ont cessé de croître depuis que l’Égypte a accéléré en 2004 son large processus de modernisation économique. Ils se sont élevés à 2,28 milliards en 2009 (+7 % par rapport à 2008), soit une hausse de 60 % depuis 2005. Avec une cadence de € 250 millions par an en moyenne, les investissements directs français en Égypte ne se sont pas en reste. « Ces dernières années, la France s'est située également entre le deuxième et le quatrième rangs au classement des IDE », d’après Ubifrance au Caire.

Il faut dire que l’Égypte attire autant par sa position géographique charnière entre l’Asie et l’Afrique que par son marché potentiel. Certes, 18 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, mais 8 % des Égyptiens ont un niveau de vie proche des standards européens. Le Fonds monétaire internationale estime que le Caire a bien géré la sortie de crise en pratiquant une relance budgétaire associée à une baisse des taux d’intérêt afin de stimuler la demande intérieure face à une demande internationale en berne.

L'éléctricité, le talon d'Achille

L’Égypte doit désormais faire face au défi de la maîtrise budgétaire. « La réduction du déficit publique et de l’endettement constitue un objectif à moyen terme », soulignait l’institution internationale dans une note du mois d’avril. Récemment, l’Égypte a fait tomber son niveau d’endettement à 17 % de son PIB, ce qui lui a valu les félicitations de la Banque mondiale. Cette dernière a d’ailleurs annoncé qu’elle allait financer 18 projets destinés à développer l'économie du pays par des prêts d'un total de $ 3,2 milliards ($ 2,5 milliards). L'Égypte s'est également vu accorder 10 subventions d'une valeur de $ 66,2 millions (€ 50,25 millions).

Ces projets vont toucher les secteurs de l'électricité, des nouvelles énergies, de l'énergie renouvelable, la réforme financière, l'agriculture, la santé, l'éducation, le commerce, l'environnement, le logement, l'irrigation, le transport et les infrastructures, d’après Fayza Abul-Naga, ministre égyptienne de la Coopération internationale. Ces projets de développement s'inscrivent dans une démarche de modernisation de l'économie égyptienne, portée par une croissance de 4,7 % en 2009 et de 5,8 % au 1er trimestre 2010. Et le pays ne compte pas s’arrêter là : les 6 % sont attendus mi-2011.

L’approvisionnement en électricité demeure le talon d’Achille de l’Égypte. Même si les perspectives énergétiques sont bonnes grâce aux découvertes de gaz, certains secteurs sont particulièrement pénalisés. Mais ce n’est pas l’unique défi qui attend les autorités égyptiennes.

La menace du blé cher

L’Égypte, gros importateur de blé, pourrait souffrir d’une hausse du prix liée notamment aux incendies de l’été en Russie.« Une augmentation du prix des importations égyptiennes à déjà eu lieu. La Russie est un des principaux fournisseurs de blé de l’Égypte. Face aux incertitudes récentes, l’Égypte a conclu le 9 août un contrat pour acheter du blé français au prix de $ 285 la tonne, alors que le mois précédent des importations depuis la Russie avaient été négociées à $ 184 la tonne », notait le 25 août la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde. Abdolreza Abbassian, analyste du marché des céréales et économiste à la FAO a indiqué à Reuters qu'il s'attendait à ce que les cours du blé restent élevés et volatiles dans les mois à venir, à mesure que les stocks vont diminuer.

En 2008, les pénuries de pain liées à la hausse des prix alimentaires avaient déjà fait trembler le régime juste avant les élections municipales. De nombreux égyptiens avaient trouvé la mort dans la cohue qui précédait l’ouverture des boulangeries. Alors que des échéances électorales beaucoup plus importantes sont programmées (législatives fin novembre puis élection présidentielle à l’automne 2011), le spectre de nouvelles révoltes du pain plane.


Dans le même dossier : "Les Égyptiens face au régime de Moubarak"

Du même auteur :