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Pétrole : Panique irrationnelle sur le canal de Suez

 
 Les navires pétroliers Suezmax peuvent passer par le canal de Suez.
En raison notamment de problèmes de sécurité au large de la Somalie et de sa faible profondeur, le canal de Suez ne voit passer que 5% de la production mondial de pétrole. Photo: Jan Hoffmann.

Les manifestations en Égypte ont fait flamber les cours du pétrole en ce début de semaine. Les inquiétudes portent sur un éventuel blocage du canal de Suez. Étrange lorsque l’on sait que le pétrole du Moyen-Orient transite très peu à cet endroit.

Les opérateurs paniquent. La contestation de la rue en Égypte - qui se poursuit depuis désormais une semaine et ne semble pas s’essouffler en dépit de l’annonce d’un gouvernement remanié - va-t-elle bloquer les exportations de pétrole du Moyen-Orient ? Le marché le croit en tout cas puisque le baril a franchi aujourd'hui la barre symbolique des $ 100. De nombreux articles sont parus hier dans la presse en ce sens. D’après Le Figaro, « cette remontée des cours, après plusieurs séances baissières, reflète la crainte des marchés de voir les acheminements de pétrole via le canal de Suez impactés par les manifestations. »

Certes, l’activité des ports est ralentie depuis le début des manifestations. L’opérateur portuaire danois Maersk a d’ailleurs annoncé hier qu’il suspendait provisoirement ses activités en Égypte. Mais concernant les exportations de brut, les risques liés à un ralentissement, ou à une fermeture, du Canal de Suez sont minimes.

D’une part, le canal, troisième source de devises de l’Égypte, rapporte environ $ 4 milliards par an, soit 10 % du budget de l’État, et les Égyptiens eux-mêmes feront a priori tout leur possible pour conserver ces devises. Par ailleurs, peu de navires pétroliers transitent par le canal de Suez. Pour des raisons techniques d’abord. Avec une profondeur de  22,5 mètres, le Canal ne peut accueillir que des navires de moins de 20 mètres de tirant d’eau. Or, les navires pétroliers modernes sont bien trop gros pour répondre à cette exigence. Ainsi, les Supertankers passent par le Cap de Bonne-Espérance. Seuls les Suezmax, d’une capacité de 150 000 tonnes environ peuvent passer par le Canal de Suez.

Par ailleurs, pour des raisons d’insécurité dans le golfe d’Aden et au large de la Somalie, les pétroliers évitent cette route maritime. En cas d’acte de piraterie, l’immobilisation d’un navire pétrolier coûte extrêmement cher comparé à n’importe quelle cargaison. Sans compter les troubles que cela crée sur le marché. On se souvient que la saisie par les pirates du super tanker Syrius Star en 2008 avait provoqué un vent de panique sur les marchés pétroliers.

S'exprimant sur France-Info, Jean-Louis Schilansky, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip) a indiqué que seulement « 5 % de la production mondiale transitent par le Canal de Suez, ce n'est pas le facteur principal expliquant la hausse des cours du pétrole ». Selon lui, les prix du pétrole sont davantage tirés par la hausse de la demande. « En 2010, la demande a augmenté de 3 % par rapport à 2009, et en 2011, elle devrait progresser de 2 % », a-t-il ajouté. Pour plusieurs analystes, il s'agit avant tout d'une accélération de la hausse provoquée par des investisseurs qui voulaient voir le baril dépasser le seuil des $ 100.


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