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Les programmes des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Poverty and Human Development Initiative de l’université Oxford (OPHI) ont élaboré un nouvel indicateur pour mieux prendre en compte l’aspect « multidimensionnel » de la pauvreté. De quoi modifier en profondeur la représentation statistique de la pauvreté.
« L'Inde compte plus de pauvres dans seulement 8 de ses 28 États qu'il n'y en a dans les 26 pays les plus démunis d'Afrique », selon un nouvel indice développé par l'université d’Oxford et le PNUD. Cet indicateur de la pauvreté cherche à mieux prendre en compte tous les aspects multidimensionnels de la pauvreté et fait, au passage, tomber certaines idées reçues.
Ainsi, l'Indice multidimensionnel de pauvreté (IMP) (1), qui compile les données de 104 pays (78 % de la population mondiale), révèle que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté s’élève à 1,7 milliard selon l’IMP, et non 1,3 milliard de personnes, comme l’évalue l’indice de pauvreté « traditionnel », qui mesure la pauvreté extrême au seuil de $ 1,25 par jour ou moins pour vivre. Les résultats sont parfois surprenants.
Première idée reçue qui tombe : l’Afrique abriterait la majorité des pauvres de la planète. Selon l’IMP, la moitié des pauvres vivent en Asie du Sud (51 %, soit 844 millions de personnes) et un quart en Afrique (28 %, soit 458 millions). Au niveau national, les résultats peuvent aussi surprendre. C’est ainsi qu’en Éthiopie, 90 % des habitants sont pauvres selon l’IMP, alors que 39 % seulement sont considérés comme vivant dans une extrême pauvreté lorsque l’on ne tient compte que du revenu. Inversement, 89 % des Tanzaniens sont extrêmement pauvres du point de vue monétaire mais seuls 65 % le sont selon l’IMP.
Ces résultats s’expliquent par le fait que l’IMP prend directement en compte les manques dans l’état de santé, le niveau d’éducation et les services clés tels que l’eau, l’assainissement et l’électricité. Or dans certains pays, ces ressources sont fournies gratuitement ou à très faible prix, alors que dans d’autres, elles sont hors de portée de nombreuses personnes qui travaillent et qui ont un revenu. L’indice met également en évidence d’amples variations dans un même pays. Au Kenya, la capitale Nairobi a le même taux de pauvreté que la République dominicaine. En revanche, le nord-est du Kenya, rural, est plus pauvre que le Niger.
Une aide à la décision
La prise en compte de ces facteurs permettent de brosser un tableau plus complet de la pauvreté aigüe que ne le permettent les simples mesures du revenu. Mais selon ses concepteurs, il marque aussi un progrès par rapport à l'Indice de pauvreté humaine (IPH) développé et utilisé par le PNUD depuis 1997, et qui incorporait déjà les dimensions éducation et santé. Dans la 20e édition de son prochain Rapport mondial sur le développement humain, qui sera publié fin octobre, le PNUD se basera sur ce nouvel indicateur. Sabina Alkire, directrice de l’OPHI, est persuadée que l'IMP est un indicateur plus précis et donc plus utile à la prise de décision :
« L’IMP fait fonction de loupe à haute résolution et révèle une large gamme de difficultés auxquelles sont confrontés les ménages les plus pauvres. (...) Notre mesure identifie les ménages et les groupes les plus vulnérables et nous permet de déterminer avec précision les manques dont ils souffrent, souligne Sabina Alkire. Ce nouvel indice peut aider les instances gouvernementales et les organismes de développement à cibler leur aide de manière plus efficace et plus spécifiquement sur les communautés concernées. »
Le MPI est déjà utilisé à des fins statistiques au Mexique, tandis que la Colombie et la Chine envisagent d'en faire leur indicateur socio-économique de référence.
(1) Les résultats des recherches sur l’Indice multidimensionnel de pauvreté sont disponibles en ligne sur les sites web de l'OPHI et du Rapport mondial sur le développement humain du PNUD.
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