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Politique et affaires: les investigations commencent en Égypte

 
Le Caire, Egypte
Le secteur immobilier est en jeu dans de nombreuses investigations en cours sur la corruption en Egypte. Photo: JP Jeannin.

Parmi les revendications des révolutionnaires du 25 janvier figurait, tout de suite après la démission du président, le jugement des « corrompus » du régime. Ils ont commencé à obtenir, là aussi, gain de cause.

La corruption publique existe partout, mais en Égypte  elle a une couleur particulière, du fait de deux facteurs : l’alliance de la politique et des affaires sous Moubarak, et le contraste choquant avec la situation socioéconomique de la majorité de la population (20 millions d'Égyptiens au moins vivant sous le seuil de pauvreté, soit un quart de la population).

La meilleure incarnation de cette alliance était Ahmad Ezz, ex-secrétaire général du Parti national démocrate (PND), député à l’Assemblée du Peuple et magnat du fer et de l’acier. Il est maintenant accusé de pratiques monopolistiques illégales lui ayant permis d’imposer des prix bien au-dessus des cours internationaux, suite à son acquisition en 2000 des aciéries Al-Dakheila. Bien que ses sociétés n’aient pas été placées, aux dernières nouvelles, sous tutelle judiciaire, il a été interdit de voyage et ses avoirs ont été gelés par décision du procureur général.

L'immmobilier en tête d'affiche

Comme le déclare le PDG d’une société métallurgique, « ce procès et d’autres auront pour effet positif de mettre fin aux pratiques monopolistiques et de permettre une chute des prix de l’acier, et donc, de l’immobilier neuf », à un moment où une majorité de la population jeune du pays ne peut avoir accès à un logement indépendant leur permettant de se marier.

C’est d’ailleurs le secteur immobilier qui est en jeu dans nombre d’autres investigations en cours. Il s’agit dans la plupart des cas, comme celui de l’ex-ministre du Tourisme, Zoheir Garana, d’accusations de vente de terres publiques à une minorité fortunée d’hommes d’affaires à des prix dérisoires, « alors que des millions de personnes vivent encore dans des habitations de fortune ou dans des cimetières (comme la cité des Morts au Caire) », comme le souligne un participant à la « révolution du 25 janvier ».

La manne des privatisations des années 1990

Le débat sur la corruption semble d’ailleurs s’étendre pour toucher le processus même de  privatisation amorcé dans les années 1990. Des journaux d’opposition ont ouvert le dossier de nombreuses entreprises publiques vendues à l’époque à des prix jugés inférieurs à leur prix réel, comme le grand magasin « Omar Effendi », la société « Al Nasr Bouilloires » ou encore certaines filatures… et demandent de juger ‘Atef ‘Abeid, Premier ministre de l’époque.

Finalement, l’avocat-conseil Hamed al-Gamal estime la richesse « illégale » des grands hommes d’affaires et d’État en Égypte (comprenant pots-de-vin, commissions, « cadeaux », profits abusifs résultant de situations monopolistiques...) à quelque 50 % du PNB.

Ce sont donc tous les dossiers d’affaires litigieux de l’ère Moubarak qui sont aujourd’hui ouverts ou rouverts. Le peuple « récupérera-t-il ses droits usurpés », comme le demandaient les manifestants ? On n’en est pas encore là, mais les tabous sont tombés, et même la richesse personnelle de l’ex-président et de sa famille (estimée, comme pour les autres accusés, à des milliards de livres égyptiennes) est aujourd’hui discutée. Impensable il y a encore quelques semaines.


Dans le même dossier : "Les Égyptiens face au régime de Moubarak"

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