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La révolution égyptienne réveille la fibre nationale

 
Vendeur de drapeaux
Vendeur de drapeaux égyptiens au Caire le 4 mars 2011. Photo: Ahmed Abd El-fatah

La « révolution du 25 janvier » prend une tournure patriotique à laquelle contribuent aussi bien les citoyens ordinaires que les artistes, tout comme à l'issue d'une décolonisation ou d'une libération.

En tant qu’observateur étranger, on est frappé par l’aspect « patriotique » de cette « révolution du 25 janvier 2011 ». C’est un peu comme si l’ancien régime n’était autre qu’un pouvoir colonial, imposé de l’extérieur. L’un des manifestants, blessé à un œil, ne criait-il pas aux policiers qu’il était prêt à sacrifier son second œil pour son pays ? Ne lisait-on pas également sur une banderole, après la chute du président : « Tu m’as manqué, Égypte, pendant trente ans ! ».

Les couleurs du drapeau égyptien à tous les coins de rue

Et les couleurs du drapeau égyptien (rouge-blanc-noir), sont rappelées à chaque mètre, surtout aux alentours de la place Tahrir (« libération » en arabe) : de nombreux murs, troncs d’arbres, trottoirs et autres ont été peints à ces trois couleurs, et le gadget le plus vendu depuis un mois par les vendeurs ambulants est le drapeau national, tel quel à tous les formats, ou bien apposé sur des bonnets ou des tee-shirts… Jusqu’aux couleurs elles-mêmes, sous formes de gouache, qu’un jeune propose de peindre sur les joues moyennant une somme modique.

« La police au service du peuple »

Les traditionnels petits vendeurs ambulants de jus de pois chiche, lupin ou cacahuètes, qui ne parvenaient souvent à rester sur le trottoir avec leur tréteau qu’en payant un pot-de-vin au policier de passage, se sont répandus aujourd’hui dans toute la ville. Ils n’ont plus peur. À l’entrée des commissariats, on peut lire : « La police au service du peuple » (après avoir été pendant des dizaines d’années au service du pouvoir).

Tout le monde se découvre aujourd’hui une fibre patriotique, et les artistes non plus ne veulent pas être en reste : ainsi, la Galerie Zamalek mettra le produit des ventes résultant de sa dernière exposition sur un compte à la Banque du Caire afin de soutenir l’économie nationale.

Une campagne « Pour l’amour de l’Égypte » a également été lancée par des agences touristiques et des acteurs égyptiens pour la relance du secteur le plus touché par les événements : le tourisme. Ses participants feront le tour du pays, en commençant par Charm Al-Cheikh, lieu d’exil du président déchu, mais aussi symbole du tourisme balnéaire.

Les citoyens, diaspora comprise, pourront participer à la relance de l'économie

À la demande d'Égyptiens de l'étranger, le ministre des Finances Samir Redwan vient de donner son accord à l'ouverture d'un compte spécial à la Banque centrale pour recevoir les contributions de citoyens au soutien de l'économie (numéro : 25/1/2011 ; date du début de la "révolution"). Ceux de l'extérieur recourront au correspondant de la Banque centrale à l'étranger : Citibank New York. Notons que l'égypte comprend des communautés influentes à l'étranger, aux états-Unis et au Canada en particulier (dont une estimation de 1,5 million pour les seuls Coptes dans ces deux pays).

Pendant ce temps, les purges continuent

Certes, toutes les revendications des « révolutionnaires » n’ont pas encore été satisfaites, et les manifestations continuent pour demander la libération des détenus politiques, et exiger des purges au niveau des médias officiels et des autorités municipales, de façon à ce qu’ils passent, eux aussi, « au service du peuple ». Mais les événements se succèdent à grande vitesse, et les bâtiments du sinistre « Organisme de sûreté de l’État » (synonyme, pour une majorité d’Égyptiens, de tortures et d’arrestations arbitraires) viennent d’être pris d’assaut par des manifestants, dans l’attente d’un démantèlement définitif…

 


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