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Spectre de famine sur le Sahel

 
Grenier à grain dans un village du Sahel.
Grenier à grain dans un village du Sahel. Photo : gbaku

Le gouvernement du Niger et de nombreuses ONG sonnent l’alerte. Après une mauvaise campagne agricole en 2009, le Sahel s’enfonce dans la crise alimentaire. Il est temps de mobiliser l’aide pour soutenir les agriculteurs et les éleveurs des régions les plus touchées.

Les populations rurales de la zone sahélienne sont menacées par l’insécurité alimentaire. Le Niger et le Tchad sont particulièrement touchés. On estime à environ 10 millions le nombre de personnes vulnérables dans ces deux pays et des milliers d'autres sont également menacées par la faim dans le Nord du Burkina Faso et le Nord-est du Mali. En 2009, la production céréalière au Niger a baissé de 26 % par rapport à 2008 et celle du Tchad a chuté de 34 %. Depuis le mois de novembre, des migrations importantes vers les villes et vers l’étranger sont signalées au Niger. L’ONG Oxfam estime qu’il faudra cette année prendre en charge 378 000 enfants atteints de malnutrition sévère. « Les stocks céréaliers s’amenuisent rapidement, les marchés sont insuffisamment alimentés et les prix, déjà élevés, risquent de fortement augmenter dans les semaines à venir. Ainsi, près de la moitié des Nigériens se trouve dans un état de vulnérabilité considéré de modéré à sévère. Le risque de fortes pertes dans le cheptel ajoute à cette précarité inquiétante », constate pour sa part Afrique verte.

La situation n’a pas été aussi grave depuis 2005. En revanche, la gestion de la crise semble nettement plus appropriée. Alors qu’en 2004-2005, le gouvernement de Mamadou Tandja avait essayé d’imposer le silence, aujourd’hui la junte qui a pris le pouvoir en février dernier a lancé un appel à l'aide internationale. A l’époque, le président Tandja avait tenté de contrôler l’information sur le sujet, expulsant les journalistes étrangers trop curieux et s’en prenant aux organisations humanitaires trop bavardes. Si en décembre dernier, il semblait avoir changé de position en faisant appel à l’aide internationale, celle-ci tombait en partie à l’eau puisque les financements de l’Union européenne étaient déjà suspendus pour cause de référendum jugé non constitutionnel.

En août 2009, le président Tandja avait organisé un référendum pour prolonger son second mandat. Un calcul qui n’a pas payé, puisqu’en février, il a été renversé par une junte qui a tout de suite lancé un appel à l’aide pour faire face à la crise alimentaire. Quelque € 130 millions sont nécessaires pour financer le plan d'urgence préparé par le gouvernement, précise Oxfam. Sur cette somme, seulement € 43 millions sont effectivement financés.

Du côté de l’Union européenne, € 80 millions d’aide pour la période 2009-2010 restent bloqués dont 22 millions concernent les activités de sécurité alimentaire, souligne Oxfam. « Même si les processus de suspension sont provisoires, les processus de réouverture de l’aide restent longs », se désespère Etienne du Vachat, d’Oxfam-Niger. De son côté, le bureau de l’Union européenne à Niamey précise que « la mobilisation de l'aide alimentaire et de l'aide humanitaire de la Commission se poursuit et n'est pas concernée par les mesures conservatoires. […] Au stade actuel, la mobilisation de plus de € 50 millions a été décidée par la Commission à travers les différents instruments à sa disposition (y compris l'Office Humanitaire de la Commission - ECHO) pour contribuer à faire face à la situation alimentaire et nutritionnelle au Niger. »

L’ensemble des agences des Nations unies participent aussi au plan humanitaire. Cependant, « Haïti a ponctionné beaucoup de fonds de la communauté internationale et nous sommes inquiets face à un sous-financement possible de la crise », s’inquiète Etienne du Vachat. « Le PAM présente de gros gap de financement et nous craignons des ruptures dans l’approvisionnement, notamment à partir de juin » , ajoute-t-il.

Les volumes disponibles – 6 600 tonnes pour le PAM et 20 000 tonnes pour le gouvernement – ne permettent d’assurer qu’un seul mois de distribution. Oxfam préconise une aide plus adaptée aux besoins et au contexte notamment à travers l’achat de céréales sur les marchés régionaux d’autant que les pays côtiers ont connu une bonne récolte 2009. Le Bénin disposait par exemple en mars de 240 000 tonnes de maïs commercialisable.

C’est la démarche suivie par Afrique verte, qui constitue des stocks de céréales achetées sur les marchés régionaux puis les mets à disposition des organisations paysannes. Ces dernières procèdent alors à des ventes à prix social (à mi-tarif par rapport au marché) dans les zones touchées par la pénurie. Les recettes dégagées par ces ventes servent alors à acquérir de nouveaux stocks écoulés selon ce même processus. Ainsi, un stock de 557 tonnes de céréales a été constitué au Niger. En outre, pour préparer la campagne agricole de juin, Afrique verte prévoit l’apport de 180 tonnes de semences de céréales et de 230 tonnes d’engrais qui sont prêts à être fournis à des organisations paysannes. Il s’agit à tout prix d’éviter que la prochaine campagne ne soit pénalisée par le manque de semences. Une mauvaise campagne 2010 et la situation alimentaire serait catastrophique.


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