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Susan Shabangu, une ministre au franc-parler inhabituel

 
Susan Shabangu, ministre des Ressources minières en Afrique du Sud
Les rumeurs de départ de Susan Shabangu du ministère sud-africain des Ressources minières s'intensifient début septembre. Photo ministère des Mines.

Veuve, mère de 3 enfants, l’ex-enfant de Soweto est une ministre des Mines haute en couleurs. Après un long parcours à l’ANC, où elle a lutté à la fois pour les droits des noirs et pour ceux des femmes, elle vient d’annoncer – avec sa verve habituelle – une campagne de réformes de la législation minière.

Étudiante à Soweto au moment des émeutes de 1976 contre l’enseignement exclusif en afrikaans, qui ont fait plusieurs centaines de morts lorsque la police a ouvert le feu sur des écoliers, Susan Shabangu est citée dès 1979 parmi les MaSisulu girls, un groupe de jeunes femmes destinées à des responsabilités politiques dans la mouvance de l’ANC recrutées par l’activiste Albertina Sisulu. Après la Madibane High School de Soweto, Susan Shabangu rejoint en 1980 la Federation of South African Women dans le Transvaal. Dès l’année suivante, elle fait partie des membres actifs de l’Anti-Republic Campaign Committee, qui sera parmi les premiers à prôner une répartition des tâches par capacité (leaders symboliques et activistes discrets) au sein de l’ANC, interdit depuis 1960.

« Tuez les salauds. Je ne veux pas de tir de sommation »

Presque 30 ans plus tard, l’enfant de Soweto n’a pas perdu sa verve. Elle a derrière elle une carrière politique jalonnée de postes à responsabilités au ministère des Mines, déjà, puis à celui de l’Intérieur.

Nous sommes en 2008. Ministre déléguée à la Sécurité dans un pays où le taux de criminalité bat régulièrement des records internationaux, S. Shabangu déclare aux chefs de la police, « Vous devez tuer les salauds s’ils vous menacent, vous ou la population. Et ne vous souciez pas des règles, ça c’est ma responsabilité. La vôtre est de servir et de protéger. » Avant d’ajouter : « Je ne veux pas de tir de sommation. (…) Vous avez un tir, et il doit être mortel ». Standing ovation de son audience mais tollé de l’opposition, qui réclame son licenciement à Thabo Mbeki. Elle recevra néanmoins l’appui de son ministre de tutelle, Charles Nqakula.

Ce succès la conforte dans son choix de garder son franc-parler. Six mois après sa nomination comme ministre des Ressources minières et de l’énergie, elle déclare à la Chambre des mines que ses représentants « devraient souhaiter » qu’elle « soit morte », car ce serait le seul moyen pour eux d’éviter le train de réformes à la législation sur les mines qu’elle est en train de préparer.

Mais à la conférence Indaba cette année, on assiste à un retournement de situation en faveur des miniers. Interrogée sur la possibilité d’une nationalisation des mines, S. Shabangu répond qu’il faudrait pour cela « passer sur son corps ». Une invitation que prend presque à la lettre le leader des jeunes de l’ANC, Julius Malema, qui déclare qu’elle « se nourrit du capital du monopole » et en veut pour preuve la réaction de joie du président de De Beers, Nicky Oppenheinmer, après cette promesse de la ministre. « La réalité est qu’elle pourrait bien se réveiller demain déchargée du ministère des Mines », affirmait J. Malema en février. À la même conférence, Susan Shabangu a annoncé une réduction du délai d’octroi des licences d’exploitation, de 12 à 6 mois, celui des licences d’exploration passant de 6 à 3 mois.

Début septembre, malgré les rumeurs grandissantes sur son départ, Susan Shabangu est toujours ministre des Mines. Et elle vient (en août) de refuser de divulguer le nom des compagnies minières en infraction avec les plans de gestion de l’environnement. Dans une réponse écrite à une question au gouvernement de l’Alliance Démocratique (opposition), elle affirme avoir pris de nombreuses sanctions contre les sociétés contrevenantes mais que la publication de ces rapports mettrait en péril des sociétés cotées en bourse. Le ministère de l’Eau et de l’environnement, de son côté, a publié les noms des mines qui opèrent sans licence pour l’eau.

Dans les colonnes de MiningMx, elle affirme que l’objectif de 26 % de la propriété des compagnies minières transférés à des noirs d’ici 2014 – comme le prévoit le Minerals & Petroleum Resources Development Act (MPRDA), voté il y a 6 ans – n’est pas un objectif satisfaisant. Elle espère que ces quotas deviendront inutiles et que ces transferts pourront atteindre 36 %. Pour l’instant, elle considère le transfert de 15 % des parts à des noirs, objectif à atteindre cette année, comme « un échec ». Mais la ministre tient à préciser que le fait d’être noir ne suffit pas : « la réussite de cette industrie dans le futur passe par les compétences ».

 


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