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AGRI & AGROALIMENTAIRE | |
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La recherche se penche sur le berceau du maïs. Objectif : sélectionner des variétés adaptées aux sols et aux climats africains.
Le succès du riz Nerica (New rice for Africa), variété hybride adaptée au sol africain, donne des ailes aux chercheurs agronomes qui se penchent désormais sur le maïs, principale production des petits paysans et base de la nourriture en Afrique australe. L’enjeu pour ces chercheurs : augmenter la productivité sans l’appui massif des engrais et des pesticides sur des sols appauvris.
La crise alimentaire de 2008, les mauvaises récoltes successives et la faiblesse de la productivité stimulent la recherche. Ces trente dernières années, la productivité de cette culture n’a augmenté que de 25 % en Afrique australe – un chiffre probablement tiré par les grandes exploitations – alors qu’elle a doublé sur la même période en Asie et en Amérique latine. Bien sûr, ces deux régions ont aussi utilisé 10 fois plus d’engrais. Mais en Afrique australe, ces intrants, dont le prix est quatre à six fois plus élevé qu’en Europe ou aux États-Unis à cause des coûts de transport, restent inaccessibles pour la plupart des petits paysans.
De l’hybride à l’OGM
Le 20 février, un accord de partenariat a été conclu entre le Centre international pour l'amélioration du maïs et du blé (Cimmyt, ONG basée à Mexico), deux instituts publics de recherche agronomique kényan et sud-africain1, et la multinationale américaine DuPont, à travers sa division Pioneer spécialisée dans les biotechnologies agricoles. L’objet du partenariat est de développer des variétés de maïs hybrides, voire par la suite des variétés OGM, adaptées aux sols pauvres en azote. Pas de problème, puisque le Kenya, après l'Afrique du Sud, a adopté une législation favorable aux OGM.
« Les expérimentations devraient commencer par le Kenya. La sélection des variétés par hybridation, dans un premier temps, devrait aboutir d'ici quatre ou cinq ans à augmenter les récoltes de 20 % », promet un représentant de DuPont, selon RFI.
Pour rassurer les opposants au débarquement des barons de la biochimie agricole, les formes sont mises, du moins au départ : ces nouvelles variétés seraient réservées aux petits paysans qui cultivent moins de 4 ha, et cela, sans frais supplémentaires : DuPont renonce à ses royalties. DuPont, qui n’est pas pour autant devenue une multinationale philanthropique, compte bien commercialiser ces variétés auprès des agriculteurs solvables. Et le financement de la recherche est assuré par la Fondation Gates et l’Agence américaine pour le développement international (USAid) pour un montant de $ 19,5 millions.
DuPont contre Monsanto
On assiste dans les champs expérimentaux de maïs à une course à la variété résistante. Hasard de calendrier – ou pas – un an plus tôt, en janvier 2009, le partenariat « Maïs économe en eau pour l'Afrique » ou Water Efficient Maize for Africa (Wema) était lancé, avec aux manettes la Fondation africaine de technologie agricole (AATF), dont l'objectif est de faciliter les partenariats entre les secteurs public et privé (PPP). Parmi les partenaires de ce PPP, le Centre international pour l'amélioration du maïs et du blé (Cimmyt) et les centres de recherche des pays participants (Afrique du Sud, Kenya, Mozambique, Ouganda et Tanzanie), mais aussi, côté secteur privé, le grand concurrent de DuPont, le géant américain Monsanto.
« Ce projet, mené en grande partie par des Africains en Afrique, conduira à la mise au point de semences hybrides de maïs, qui accroîtront de 25 % les récoltes dans des conditions climatiques de sécheresse modérée, et ce, en comparaison avec la meilleure variété de maïs actuellement disponible sur le continent », affirme auprès d’America.gov Mme Vanessa Cook, responsable du projet Wema pour Monsanto. La multinationale « fournira des germoplasmes propriétaires, des outils de sélection avancés et son expertise. De plus, Monsanto et BASF fourniront des transgènes de tolérance à la sécheresse issus de leur collaboration. Ces contributions seront libres de droits », précise l’AATF. Pour le financement, la fondation Bill et Melinda Gates a alloué $ 42 millions et la Fondation Howard Buffet s'est engagée à fournir $ 5 millions.
À côté de ces deux gros projets, l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA), basé au Nigeria, et ses partenaires travaillent eux aussi à l’amélioration des variétés de maïs afin de renforcer la sécurité alimentaire et d’augmenter les revenus des planteurs.
La bonne volonté affichée par ces deux multinationales pour fournir à moindre coût le résultat de leurs recherches n’efface pas la question de la préservation des espèces, ni celle, en amont, de l’opportunité de continuer à remplacer le sorgho, naturellement plus résistant à la sécheresse, par du maïs importé par les européens.
avec M.D.
(1) Le Kenya Agricultural Research Institute (Kari) et l’Agricultural Research Council (ARC) en Afrique du Sud.