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La Coupe du monde, coûte que coûte

 
Le « Green Point Stadium », d’une capacité de 68 000 spectateurs, fait partie des cinq stades bâtis spécialement pour la Coupe du monde.
Pour accueillir le Mondial 2010, l'Afrique du Sud a bâti cinq stades et cinq autres ont été rénovés.

Le budget engagé par le gouvernement sud-africain pour l’organisation de la Coupe du monde n’a cessé d’être revu à la hausse pendant 4 ans. Dans le même temps, les attentes en matières de retombées économiques directes de l’événement étaient, elles, révisées à la baisse. Une situation qui commence à inquiéter.

L’organisation d’une Coupe du monde coûte cher. Très cher. En posant sa candidature sur la table de la Fifa et au moment d’être désignée par cette dernière comme l’organisateur du tournoi 2010, l’Afrique du Sud connaissait l’ampleur de la tâche. Elle avait également une idée de son prix. Depuis les premières estimations, ce dernier a considérablement évolué à la hausse alors que l’euphorie d’un afflux de devises commence à se tempérer face à des prévisions plus pessimistes que prévues. L’ensemble laisse évidemment planer des incertitudes sur la rentabilité économique finale de l’opération.

Une économie très contrastée

Première économie du continent africain, membre du G20 et riche en ressources naturelles, l’Afrique du Sud dispose d’infrastructures et d’un environnement économique plutôt propice aux affaires. Pourtant, la crise financière et économique mondiale ne l’a pas épargnée. Pour preuve, en 2009, elle enregistrait un recul de son PIB de 1,8 %, soit sa première récession annuelle depuis 17 ans. Le recul des activités manufacturières et minières tout comme la baisse de la consommation des ménages qui enregistrent un taux de chômage de 25 % expliquent en grande partie ce fort ralentissement économique.

D’après la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur, les exportations du pays, qui représentent 36 % du PIB, ont largement souffert de la mauvaise conjoncture mondiale. Pourtant, malgré une année 2009 plus qu’en demi-teinte, le pays est resté l’un des principaux exportateurs de métaux précieux, platine et or en tête. Même constat pour des matières premières comme le fer ou le charbon, qui représentent 20 % de son commerce extérieur. Lors de sa visite en mars dans le pays organisateur du Mondial, Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, concluait son discours par des encouragements qui n’omettaient pourtant pas de mettre en lumière les problèmes structurels du pays : « L’activité économique a rebondi. Nous prévoyons une croissance d’environ 2,5 % en 2010. Néanmoins, l’Afrique du Sud continue à faire face à des défis tels que le fort taux de chômage et les inégalités salariales. »

Une façon de rappeler que l’économie sud-africaine, aussi performante puisse-t-elle être par certains aspects, ne peut faire oublier que le taux de pauvreté du pays frôle les 50 % et que 10 % de la population est porteur du virus du sida. C’est donc dans ce contexte extrêmement contrasté que le pays s’est lancé dans l’aventure du Mondial, espérant booster son économie et sortir de la pauvreté encore plus rapidement. Facture exponentielle Au départ, la Coupe du monde de football devait coûter $ 300 millions à l’Afrique du Sud. À l’arrivée, elle coûtera au pays treize fois plus, soit un peu plus de $ 4 milliards (€ 3,2 milliards, voir ci-dessous), comme l’a révélé un rapport du ministère sud-africain des Sports remis en mars à la Présidence. Même si l’on sait qu’un chantier, aussi petit soit-il, coûte toujours au final plus cher qu’il n’avait été estimé en premier lieu, le chiffre définitif suscite tout de même bien des interrogations.

Le ministre des Sports, Makhenkesi Stofile, concède quelques petites approximations préliminaires : « Nous n’avons pas toujours été exacts dans nos estimations des sommes nécessaires à la construction. » Au-delà de l’euphémisme, l’explication principale réside dans des ajustements budgétaires auxquels il a fallu procéder pour les infrastructures.

Si les dépenses se sont envolées, c’est en partie à cause du coût de construction de cinq nouveaux stades. À titre d’exemple, le budget de départ de celui du Cap s’élevait à € 200 millions mais a fini par atteindre € 460 millions. Bien que de nouvelles dépenses de dernière minute ne soient pas exclues, la facture totale des infrastructures des stades et des enceintes sportives s’élève à € 1,04 milliard.

Certes alourdi par la hausse du prix des matières premières pendant la construction, ce montant commence à être fortement critiqué par ceux qui constatent par ailleurs que les estimations de fréquentation de l’événement et donc de retombées économiques pour le pays sont, eux, en constante baisse.

Entre espoir et scepticisme

Crise économique, envolée du coût global de l’événement, rallonges budgétaires à n’en plus finir n’ont pas miné l’optimisme des élites face aux retombées économiques attendues. Il est vrai que les chiffres mis en avant ont de quoi séduire. On parle ainsi de € 6 milliards injectés directement dans le PIB du pays, de 420 000 créations d’emploi et de plus de € 2 milliards de recettes fiscales pour l’État.

Pourtant, l’espoir n’est pas partagé par tous. Devant l’énormité des sommes engagées, la vice-présidente, Phumzile Malambo-Ngcuka, également présidente du comité interministériel pour la Coupe du monde, a reconnu que « la hausse des coûts est source d’inquiétude » avant d’ajouter qu’il était important de « trouver un rythme dans les dépenses » et que celles-ci « ne seraient pas illimitées ». Une façon d’apaiser une partie de la population dont le quotidien est toujours rythmé par des difficultés financières et des coupures de courant, alors même que l’on apprend que les stades ne risqueront pas d’être inopinément plongés dans le noir grâce à l’apport de générateurs d’appoint.


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