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Avec pour la première fois six équipes en lice et une organisation de l’événement sur son sol, l’Afrique ne sera pourtant que très faiblement représentée par ses supporteurs dans les stades. La faute à une organisation qui n’a pas voulu prendre en compte les réalités économiques du continent.
« Le système que nous avons mis en place (pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, ndlr) n’était pas parfait. » Cet aveu de Jérôme Valcke, le secrétaire général de la Fifa, sonne comme un mea culpa devant ce qui s’est avéré être, chaque jour un peu plus, la date du match d’ouverture approchant, sinon un fiasco, du moins une erreur d’appréciation notable. Ce qui devait être en Afrique du Sud la fête de tous les Africains ne sera finalement que celle d’une poignée d’entre eux : à quelques jours du coup d’envoi, seuls 2 % des tickets vendus l’ont été à des Africains non ressortissants d’Afrique du Sud.
L’organisation du football mondial s’attendait à voir les supporteurs des équipes africaines qualifiées venir en nombre soutenir leurs sélections dans les stades ; la désillusion en la matière frise le gâchis. D’après J. Valcke, il ne se serait vendu que 40 000 tickets dans les pays du continent, en dehors de l’Afrique du Sud. Ces précieux sésames ont été acquis par 11 300 Africains, une proportion infime par rapport aux 220 000 supporteurs étrangers attendus sur le sol sud-africain pendant l’événement.
Le Botswana bat le Nigeria
En Afrique, « le premier pays acheteur de billets est le Ghana avec 8 700 tickets. Suit la Côte d’Ivoire avec 6 000. L’Algérie en a acheté 4 300 », a révélé J. Valcke pendant le salon du tourisme Indaba qui se tenait à Durban en mai. Le Nigeria, pays dans lequel la ferveur footballistique est indéniable et qui était attendu comme pouvant apporter le plus fort contingent de supporteurs africains à l’événement, n’a finalement pas acheté plus de tickets que le Botswana. Certes, la proximité géographique de ce dernier avec l’Afrique du Sud explique en partie cette statistique, mais le pays n’est pourtant pas qualifié et n’aurait pas dû théoriquement drainer plus de supporteurs que les Super Eagles nigérians. Alors que s’est-il passé ?
Pour Marthinus van Schalkwyk, le ministre du Tourisme du pays organisateur, ces chiffres sont inférieurs de 76 % à ceux qui avaient été prévus initialement, une fois connus les pays qualifiés pour le tournoi final. Une véritable déroute statistique dont le principal responsable commence à être montré du doigt : la Fifa et son système de réservation et de paiement des tickets d’entrée pour les matchs.
Un système de vente inadapté
La Fifa qui avait qualifié l’événement de « véritable Coupe du monde africaine » pour bien souligner le caractère historique de la chose et créer l’engouement chez les fans continentaux est maintenant obligée de reconnaître ses erreurs. Si les Africains ne se déplaceront pas pour voir les matchs dans les proportions annoncées, loin de là, c’est d’abord parce que son système de réservation n’était en rien adapté aux différentes réalités africaines.
« Nous allons reprendre à zéro tout le système de billetterie pour 2014 », déclarait en mai J. Valcke, avant d’ajouter : « Nous apprenons énormément en Afrique du Sud. » Ce que la Fifa semble avoir en effet compris à la lumière des ventes catastrophiques avant l’ouverture des guichets d’achats directs à la mi-avril, c’est que peu d’Africains disposent d’internet, encore moins d’une carte de paiement et que la majorité n’a pas les moyens de s’offrir un ticket et un voyage en Afrique du Sud.
C’est pourtant via un système complexe de réservations sur le web que le dispositif avait été lancé. En outre, les prix des tickets, proposés à l’origine par le comité local d’organisation (LOC), ont contribué à décourager les supporteurs du reste du continent qui n’ont pas eu accès au tarif spécial accordé aux Sud-Africains. En mai, le ministre, M. van Schalkwyk, a d’ailleurs fait part devant les députés du Parlement sud-africain de son vif mécontentement : « Les gens en Afrique n’achètent pas de billets sur internet. C’est une énorme erreur de la Fifa et Match (son partenaire pour la billetterie et l’hébergement, ndlr), qui ont aussi pratiqué des prix trop élevés. »