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« On n’entend guère la Fifa sur les filières de footballeurs mineurs » (Jean-Claude Mbvoumin)

 
« 90 % du football dans lequel évoluent les jeunes africains se situe en marge du système fédéral »
« Des millions de gamins africains rêvent de devenir Didier Drogba ou Samuel Eto’o ». Photo : Lionel Antoni / Foot Solidaire

Président de l’association Foot Solidaire, Jean-Claude Mbvoumin livre son analyse sur l'état de la lutte contre les filières de footballeurs mineurs.

  • 1/ MTM : Depuis maintenant 10 ans, vous agissez pour dénoncer le trafic qui prolifère autour de très jeunes joueurs africains qui sont abusés et se retrouvent démunis à des milliers de kilomètres de chez eux. Quelle est la situation aujourd’hui, à l’heure où l’Afrique accueille sa première Coupe du monde ?

    Jean-Claude Mbvoumin : La situation n’est pas meilleure qu’avant, loin de là. Des centaines de jeunes Africains continuent d’arriver en Europe remplis d’espoir sans se douter qu’ils seront abandonnés quelques jours plus tard par le pseudo agent qui leur a promis de les faire rentrer dans les meilleurs clubs professionnels. Je dirais même que cette situation risque d’empirer après la Coupe du monde puisque le phénomène d’engouement et de vocations qu’elle suscite chez les plus jeunes n’est plus à démontrer. En clair, je redoute que la première Coupe du monde africaine permette aux filières et aux réseaux de trafics d’enfants, puisque c’est bien comme ça qu’il faut qualifier la chose, d’être plus actifs et nuisibles que jamais. Des millions de gamins africains rêvent de devenir Didier Drogba ou Samuel Eto’o et sont prêt à donner beaucoup pour y parvenir. Et ce n’est pas en les regardant briller à la télé pendant la prochaine Coupe du monde qu’ils changeront d’avis.

  • 2/ Quelle est la position des instances officielles du football, quelles qu’elles soient, sur ce problème ?

    Au niveau de la Fifa sur laquelle nous n’arrêtons pas de faire pression pour qu’elle prenne ses responsabilités et agisse pour que cessent ces pratiques et ces drames humains, nous en sommes encore au stade des bonnes intentions. Les nouvelles mesures visant à encadrer les dérogations prévues à l’article 19 « protection des mineurs » du règlement sur le statut et le transfert des joueurs sont entrées en vigueur fin 2009. Tout cela va certes dans le bon sens, mais ces mesures ne sont applicables que si le cadre qu’elles sont censées régir est bien défini. Et c’est justement là où le bât blesse : 90 % du football dans lequel évoluent les jeunes africains se situe en marge du système fédéral, dans des académies non officielles qui ne se soumettent à aucun règlement. Sur ce point, que la Fifa ne peut ignorer, on ne l’entend guère !

    En France, c’est à peu près le même son de cloche au niveau des instances fédérales. Le problème est rapidement évacué, minimisé, voire ignoré. Quant à l’Afrique elle-même, ce n’est pas plus encourageant. Les fédérations nationales ne disposent en général pas de moyens suffisants ou sont gangrénées par la corruption. Elles n’organisent pas les championnats de jeunes comme elles devraient le faire et encouragent ainsi indirectement les académies parallèles à prendre leur place. Ne parlons pas de la Caf (Confédération africaine de football qui fédère l’ensemble des fédérations nationales, ndlr) pour qui le problème ne semble même pas exister.

  • 3/ Quelles sont les mesures à prendre et les solutions à mettre en place pour que ce phénomène puisse être stoppé, ou tout au moins fortement ralenti ?

    La campagne que Foot Solidaire a lancée en mai « contre le trafic et l’exploitation des jeunes footballeurs africains », en partenariat avec la Ligue des droits de l’Homme et l’Union africaine, entend justement donner des éléments de réponse à cette question. Il faut que le travail se fasse bien sûr en aval, en sanctionnant durement ceux qui s’adonnent à ces trafics, ainsi que ceux qui ne respectent pas les règles ou les contournent à leur profit ou à celui de certains clubs et de certaines fédérations qui préfèrent fermer les yeux. Mais il faut également, et c’est un aspect fondamental, diffuser le plus largement possible l’information pour sensibiliser ceux qui sont le plus concernés : les jeunes footballeurs africains et leurs familles. Concrètement, et c’est là où Foot Solidaire agit sur le terrain, nos objectifs pour cette campagne sont principalement de :

    • - rappeler le cadre juridique et les nouveaux droits octroyés aux jeunes footballeurs, à leur entourage familial ainsi qu’aux clubs formateurs ;

    • - vulgariser les meilleures pratiques en matière de détection, de recrutement et de formation des jeunes joueurs et notamment l’enregistrement des jeunes et des académies auprès des fédérations ;

    • - sensibiliser les jeunes et les familles sur les pièges des filières de recrutement non officielles et soutenir la politique de développement du football des jeunes initiés par les fédérations africaines.


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