
À l’instar des autres marchés, les prix des denrées de base sont retombés après une hausse vertigineuse en 2007-08. Dans une économie mondiale qui tourne au ralenti, ces prix resteront freinés au cours des deux ou trois prochaines années, avant de se raffermir lors de la reprise.
Au niveau mondial, l’agriculture a plutôt bien résisté à la crise, grâce aux revenus relativement élevés de la période récente et à une demande alimentaire peu élastique aux variations de prix. Mais pour être précis en abordant les effets de la crise sur le secteur, il faut décorréler l’agriculture, dont les prix sont considérablement retombés après le boom de 2007-08, des produits alimentaires dont les prix sont restés trop élevés pour un grand nombre de pays en développement qui ont vu fondre leurs recettes. L’inflation des prix alimentaires a fléchi en 2009 dans la plupart des pays, mais à moindre échelle dans les pays en développement. Elle s’est même poursuivie dans des pays comme le Ghana, le Kenya ou l’Afrique du Sud.
En Afrique subsaharienne, la FAO constate des prix des céréales (maïs, sorgho et millet) en hausse par rapport à l’année dernière, et le riz, en particulier, est beaucoup plus cher qu’il y a un an sur le marché intérieur.
Prix des denrées
« La situation varie en fonction des denrées, mais d’après les projections sur les 10 prochaines années, les prix moyens, en termes réels (corrigés de l’inflation), devraient continuer de s’aligner sur les niveaux de la décennie écoulée, avant les pics de 2007-08, voire même les dépasser », peut-on lire en introduction des Perspectives agricoles 2009-2018 publiées par l’OCDE et la FAO.
« Par rapport à 1997-2006, les productions végétales devraient connaître des augmentations de prix de 10 à 20 %, en termes réels, les huiles végétales pouvant même enregistrer des augmentations supérieures à 30 %. » Quant aux prix réels des produits carnés, ils « ne devraient pas dépasser la moyenne de 1997-2006 ». Les prix réels moyens des produits laitiers, enfin, « devraient être légèrement plus élevés en 2009-2018 qu’en 1997-2006, sous l’effet de la hausse des prix des énergies et des huiles végétales, l’augmentation de 12 % des prix moyens du beurre étant la plus notable. »
Rôle de la spéculation
On parle beaucoup de la participation grandissante des opérateurs non-commerciaux sur les marchés à terme, notamment sur les positions longues (voir tableau), qui pourrait avoir participé à la volatilité des prix des dernières années. Néanmoins, des études récentes1 confirment que ce sont bien les évolutions des fondamentaux sur ces marchés qui ont provoqué l’intérêt des spéculateurs, et non les spéculateurs qui ont provoqué une hausse brutale. En l’absence de résultats qui mettraient tout le monde d’accord, la fourchette se situe entre un effet nul sur les prix et un effet minime. Les auteurs des Perspectives agricoles concluent : « La question mérite certainement des recherches approfondies afin d’éviter les jugements a priori de toute décision politique à l’égard des opérations sur ces marchés. »
Financement de l’activité agricole
Sur ce volet, la filière a moins pâti de la crise financière en Afrique qu’ailleurs, puisque les banques, frileuses, y financent assez peu les projets agricoles. Au mieux les agriculteurs se voient concéder des prêts sur garantie de récolte. Néanmoins, les agriculteurs négocient directement des délais de paiement auprès de leurs fournisseurs d’intrants. Et ces derniers ont rencontré des difficultés de trésorerie qui les ont poussé à réduire leurs facilités.
(1) Irwin et al, 2008 ; Sanders et al, 2008 ; Irwin 2009
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